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Haiti | CTN NEWS — Washington condamne l’insécurité à l’ONU, mais renvoie des Haïtiens vers cette même insécurité

Selon CTN News, les États-Unis ont vivement condamné devant le Conseil de sécurité des Nations unies le massacre de Kenscoff, tout en réaffirmant leur soutien aux autorités haïtiennes et à la Force de répression des gangs. La représentante américaine Jennifer Locetta a décrit une crise o

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30 août 2026
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Haiti | CTN NEWS — Washington condamne l’insécurité à l’ONU, mais renvoie des Haïtiens vers cette même insécurité

  • by Rezo Nodwes
  • 30 août 2026
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Selon CTN News, les États-Unis ont vivement condamné devant le Conseil de sécurité des Nations unies le massacre de Kenscoff, tout en réaffirmant leur soutien aux autorités haïtiennes et à la Force de répression des gangs. La représentante américaine Jennifer Locetta a décrit une crise où les groupes armés « assassinent des civils, terrorisent les communautés, brûlent des maisons et détruisent des vies », avant d’appeler la communauté internationale à renforcer les moyens sécuritaires déployés en Haïti.

Le média caribéen insiste toutefois sur une contradiction difficile à dissocier du discours diplomatique de Washington. L’administration Trump continue parallèlement d’expulser des ressortissants haïtiens vers le même pays que ses diplomates présentent à l’ONU comme confronté à une crise sécuritaire dévastatrice. CTN News rappelle notamment qu’un vol d’expulsion a ramené plus de 160 personnes en Haïti le 20 août, quelques jours seulement avant le massacre de Kenscoff.

La position américaine repose ainsi sur deux politiques juridiquement distinctes, mais politiquement difficiles à concilier : à New York, Washington demande davantage de ressources internationales pour protéger les Haïtiens contre les gangs ; sur le territoire américain, il poursuit l’exécution de mesures d’éloignement vers Haïti. Cette dissociation administrative n’efface pas l’interrogation humanitaire : la dangerosité d’un territoire ne varie pas selon que le dossier est examiné au Conseil de sécurité ou par les autorités migratoires.

CTN News observe également que Jennifer Locetta n’a pas abordé la politique d’expulsion de l’administration Trump dans son intervention devant le Conseil. Cette omission accentue le paradoxe : Washington affirme vouloir « libérer » la population haïtienne de la terreur des gangs, tout en continuant à renvoyer certains ressortissants vers l’environnement sécuritaire qu’il décrit lui-même comme gravement détérioré.

Sur le plan juridique, les États-Unis peuvent soutenir que l’assistance sécuritaire à Haïti et l’exécution du droit de l’immigration relèvent de deux cadres normatifs distincts. Mais cette séparation institutionnelle ne suffit pas à neutraliser la contradiction politique. Lorsqu’un État décrit officiellement un pays comme soumis à une violence armée généralisée, à des massacres, à des enlèvements et à l’effondrement de l’autorité publique, la poursuite des expulsions vers ce même territoire appelle nécessairement un examen rigoureux au regard des principes de protection, de non-refoulement et des obligations internationales applicables selon la situation individuelle des personnes concernées.

Le contraste est d’autant plus marqué que Washington réclame parallèlement un renforcement de la Force de répression des gangs, davantage de moyens, plus de personnels et une action directe contre les groupes armés. Jennifer Locetta a même affirmé que « les rues doivent être patrouillées », que « les gangs doivent être éradiqués » et que « la population doit être libérée ». Un tel vocabulaire décrit moins une situation stabilisée qu’un environnement où l’État ne contrôle encore qu’imparfaitement une partie de son territoire.

Cette incohérence prend également une dimension électorale. Les États-Unis affirment que les gangs ne doivent pas pouvoir « prendre la démocratie en otage » ni terroriser les communautés au moment du vote. Or le massacre de Kenscoff démontre précisément l’incapacité persistante des autorités à garantir, partout sur le territoire, les conditions minimales d’exercice des droits civiques. Parler d’élections libres suppose d’abord que les citoyens puissent circuler, rentrer chez eux, se réunir, s’inscrire, faire campagne et voter sans menace armée.

Le dossier migratoire américain et la politique sécuritaire de Washington en Haïti finissent ainsi par se heurter sur un même terrain : celui de la cohérence de l’action publique. Les États-Unis peuvent difficilement présenter Haïti comme un espace nécessitant une mobilisation internationale d’urgence tout en traitant simultanément ce pays comme une destination ordinaire d’éloignement pour des ressortissants haïtiens.

Après Kenscoff, cette contradiction ne peut plus être réduite à une simple divergence entre politique étrangère et droit migratoire. Elle renvoie à une interrogation plus profonde sur la responsabilité d’un État qui affirme, à la tribune de l’ONU, vouloir protéger une population contre une violence extrême tout en continuant à renvoyer certains de ses membres vers cette même zone d’insécurité.

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