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Hommage à Cassandra Wilson

La chanteuse afro-américaine Cassandra Wilson nous a quittés le 2 septembre 2026 à l’âge de 70 ans. Révélée au sein du collectif M-Base du saxophoniste Steve Coleman dans les années 80, c’est en faisant paraître son premier album, Blue Light ‘Til Dawn en 1993, que sa voix profonde et

Hommage à Cassandra Wilson
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L'Épopée des musiques noires

Hommage à Cassandra Wilson

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La chanteuse afro-américaine Cassandra Wilson nous a quittés le 2 septembre 2026 à l’âge de 70 ans. Révélée au sein du collectif M-Base du saxophoniste Steve Coleman dans les années 80, c’est en faisant paraître son premier album, Blue Light ‘Til Dawn en 1993, que sa voix profonde et pénétrante jaillira à l’échelle internationale.

La chanteuse Cassandra Wilson sur scène, le 3 mai 2002, à La Nouvelle-Orléans, Louisiane (États-Unis).
La chanteuse Cassandra Wilson sur scène, le 3 mai 2002, à La Nouvelle-Orléans, Louisiane (États-Unis). © WireImage - Skip Bolen
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Née en 1955 à Jackson, dans le Mississippi, Cassandra Wilson a très vite épousé l’idée de se démarquer, de prendre le contre-pied de l’air du temps. Femme de caractère, elle ne cherchait pas les flagorneries hypocrites. Elle s’en tenait à son jugement personnel. Ses choix artistiques comme ses goûts musicaux reflétaient un éclectisme assumé qu’elle revendiquait haut et fort. Cassandra Wilson a toujours pris des chemins de traverse. Une adaptation d’un classique de Miles Davis était l’occasion d’expérimenter, de tenter une aventure musicale inédite. Les progrès technologiques, les outils numériques ne l’effrayaient pas. Tant que le talent et l’authenticité transpiraient dans une œuvre, elle ne s’inquiétait pas de perdre son âme.

Au début des années 90, le nom de Cassandra Wilson commence à scintiller dans le paysage musical américain. Le label Blue Note Records lui offre un espace de liberté conséquent pour que sa créativité débridée s’épanouisse totalement. Cassandra Wilson tient à affirmer son identité spécifique et injecte dans son répertoire des touches de pop, de folk, de blues, qui feront mouche. Elle prend confiance en elle, ses albums se vendent, sont salués par des Grammy Awards et lui permettent de laisser libre cours à son imagination. Consciente du devoir de transmission qui lui incombe, elle s’autorise, avec une pointe d’audace, à relire à sa manière le patrimoine de ses aînés, Miles Davis ou Billie Holiday.

Sur l’album Glamoured, en 2003, dans lequel elle adapte avec révérence le titre « Throw it away », emprunté à sa marraine de cœur Abbey Lincoln, Cassandra Wilson joue encore les trouble-fêtes en s’appropriant les compositions de Sting, de Bob Dylan, de Willie Nelson et de Muddy Waters, en d’autres mots, toutes les formes d’expression populaires qui traduisent son ouverture d’esprit. Cassandra Wilson est au sommet de son art et profite de son aura pour délivrer insidieusement des messages à travers des mélodies poétiques irrésistibles. Ses convictions, son refus du racisme, son désir de justice et son attachement à la terre de ses ancêtres, sont au cœur des ses préoccupations artistiques. « Je viens de réaliser un test ADN, et je peux officiellement vous dire que j'ai des origines béninoises, togolaises, et ghanéennes. J'ai également des racines au Cameroun et en Irlande. Voilà un mélange intéressant, non ? Finalement, tout cela a un sens pour moi. Les Irlandais ont dans leur musique cette mélancolie que j'exprime parfois dans mon chant. Tout devient plus limpide. Et je comprends aujourd'hui pourquoi je me sens si proche d'Angélique Kidjo. Elle est Béninoise, et d'une certaine manière, moi aussi… Notre connexion était inévitable. Je pense qu'il est essentiel d'apprendre de nos ancêtres et de nos origines. C'est une quête existentielle qui occupe une bonne partie de mon esprit. Il nous faut relier les différentes pièces du puzzle pour se souvenir des traditions anciennes. Pour nous, Américains, il est très difficile de retrouver le chemin qui nous mènera à la source originelle. Bien sûr, nous faisons un travail de mémoire mais nous sommes souvent confrontés à un mur invisible que l'esclavage a dressé entre les Africains et nous. Il ne faut donc jamais interrompre les recherches pour parvenir à recomposer les différents éléments de notre existence ». (Cassandra Wilson, au micro de Joe Farmer)

Cassandra Wilson en concert.
Cassandra Wilson en concert. © Redferns - David Redfern

L’un des plus frissonnants albums de Cassandra Wilson, paru en 2015, s’intitulait Coming forth by day. Il rendait un hommage appuyé à la regrettée chanteuse Billie Holiday. Ce fut l’occasion pour sa disciple et digne héritière de se plonger dans une histoire, à la fois sombre et majestueuse, celle d’une femme noire qui résista tant qu’elle le put à la ségrégation raciale jusqu’à l’inéluctable désespoir mortifère. Il paraissait logique que Cassandra Wilson, femme engagée, insoumise et libre, s’empare de son répertoire pour affirmer, à son tour, son horreur face aux exactions racistes du XXIè siècle. Au-delà des critiques, bonnes ou mauvaises, que ce disque suscita, c’est la témérité d’une artiste que l’on devait saluer car incarner Billie Holiday, sans se fourvoyer, pouvait être très périlleux et intimidant. « Je préfère parler de défi. Billie Holiday m'a constamment accompagnée. Elle fait partie de mon ADN musical. La seule chose qu'il est difficile de retranscrire, c'est la force de caractère de cette femme. C'était une icône, une féministe, dans le sens le plus littéral du terme. Elle était une femme déterminée qui assumait ses choix, qui vivait sa vie en fonction de ses humeurs, et je regrette aujourd'hui que l'on ait davantage insisté sur la dimension mélodramatique de son existence, sur ses excès divers et variés, sur l'oppression du gouvernement à son égard. Certes, il s'agit d'une facette tragique de son épopée mais je préfère m'intéresser à la puissance et au génie de cette femme car peu de chanteuses, qui lui ont rendu hommage, ont réussi à refléter cet aspect de sa personnalité. Elle avait tellement de cœur qu'il faut s'investir profondément dans l'interprétation pour être digne de son combat. L’approche des biographes a trop longtemps été sombre et portée sur le sensationnalisme. Il est grand temps de se souvenir des aspects positifs de sa vie, de la beauté de cette femme, et de la puissance de sa musique ». (Cassandra Wilson en 2015 sur RFI)

Cassandra Wilson comprenait le monde avec une telle acuité que toute injustice lui était insupportable. Alors, elle œuvrait pour que le message de ses aînés ne disparaisse pas dans les oubliettes de l’histoire. Cet admirable artiste a rejoint les étoiles de l’art vocal, le 2 septembre 2026. Elle avait 70 ans, mais le ton de sa voix restera intemporel.

Cassandra Wilson au Festival de Jazz de Newport, Rhode Island (États-Unis), le 10 août 2003.
Cassandra Wilson au Festival de Jazz de Newport, Rhode Island (États-Unis), le 10 août 2003. © Stew Milne/AP

 

Titres diffusés cette semaine :

- « Cry me a river » par The Count Basie Orchestra Feat. Cassandra Wilson extrait de Ella 100 - Live at the Apollo

- « If you only know how » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base

- « Lies » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base

- « Blue in Green » par Cassandra Wilson extrait de Introducing M-Base

- « Blue light til dawn » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn

- « Throw it away » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured

- « Broken Drum » par Cassandra Wilson extrait de Glamoured

- « Arere » par Cassandra Wilson extrait de Loverly

- « Redbone » par Cassandra Wilson extrait de Blue light til dawn

- « The way you look tonight » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day

- « Strange Fruit » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day

- « Crazy he calls me » par Cassandra Wilson extrait de Coming forth by day

- « I wished in the moon » par Cassandra Wilson extrait de Sings standards

- « I want to be loved » par Cassandra Wilson extrait de Thunderbird.

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