Le 12 février, un homme et sa femme, qu’il a épousée quatre mois plus tôt, se baladent en voiture pour observer le coucher du soleil le long de la plage à Al-Ghayda, dans le sud-est du Yémen. Le téléphone de la femme sonne. L’homme se gare. Elle sort de la voiture pour répondre. Quelques instants plus tard, la voiture est transpercée par un missile. L’homme meurt sur le coup. Les États-Unis viennent d’éliminer Jibril Yahya Ali, dit “le Manchot”, raconte The Wall Street Journal.

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L’individu, raconte le quotidien américain, achetait, depuis au moins 2023, des armes “de type militaire” aux rebelles houthistes au Yémen, avec l’aide d’un trafiquant par l’intermédiaire duquel il avait rencontré sa future épouse yéménite, et les faisait passer clandestinement aux islamistes chebabs en Somalie.

L’illustration d’une “alliance naissante” et “improbable” entre ces deux entités considérées comme “terroristes”, qui “menace désormais de déstabiliser davantage le Moyen-Orient et les marchés énergétiques mondiaux”.

L’enjeu stratégique du Somaliland

En effet, les rebelles yéménites zaydites, une branche du chiisme, et la branche somalienne d’Al-Qaida sont installées sur les rives opposées du golfe d’Aden – porte d’entrée, par le détroit de Bab El-Mandeb, de la mer Rouge –, par lequel transitait jusqu’à 12 % du pétrole transporté par voie maritime dans le monde avant la guerre contre l’Iran.

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Une voie d’autant plus stratégique depuis la fermeture du détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule arabique.

Que cherchent les deux groupes ? D’après le Wall Street Journal, les insurgés chebabs, visés par une quarantaine de frappes américaines depuis le début de l’année, pourraient tenter de se renforcer sur le plan militaire auprès des houthistes pour “frapper les bases américaines et somaliennes”. Selon le renseignement américain, les rebelles pro-Téhéran fourniraient armes et formation au maniement des drones, notamment.

Pour les houthistes, il s’agit d’“obtenir une position stratégique dans le sud de la Somalie”, où se trouve Jilib, capitale de facto des zones contrôlées par les chebabs. Et ce notamment pour “perturber les activités israéliennes”. En effet, les rebelles yéménites craignent que le Somaliland, région sécessionniste du nord de la Somalie dont Israël a reconnu l’indépendance, et plus précisément le port de Berbera, “ne serve de plateforme permanente à Israël pour la surveillance et les attaques” contre eux.