Si l’on tient compte des frais de scolarité, des dépenses encourues et des intérêts sur les prêts, “l’investissement total moyen pour obtenir un MBA aux États-Unis a augmenté de 2,3 % [cette année], pour atteindre 305 409 dollars”, rapporte Bloomberg, sur la foi d’enquêtes que l’agence a menées auprès de 16 000 étudiants et anciens élèves de 66 écoles de commerce des États-Unis. Pour 61 d’entre elles, aucun changement n’a été noté pour le retour sur l’investissement médian, qui s’établit à 12,3 % sur la décennie suivant l’obtention du diplôme. Ce qui amène Bloomberg à demander : “L’IA va-t-elle imposer une réinvention du MBA ?”
Le profit aux dépens du capital humain
Pour Chris Marquis, qui depuis plus de vingt ans a enseigné à Harvard et Cornell, et qui est désormais à la Judge Business School de Cambridge, l’heure est venue de faire disparaître les écoles de commerce. “J’ai vu, écrit-il dans les pages du New York Times, des étudiants s’inscrire dans l’espoir d’apprendre ce que les écoles de commerce disent enseigner : comment gérer les gens, comment allouer le capital et les ressources et comment rendre le monde meilleur grâce au leadership. Mais j’en suis venu à voir comment l’institution peut remodeler la vision du monde de ceux qui y entrent, sapant souvent les ambitions mêmes qui les y ont amenés.”
L’école de commerce moderne, dit-il, est conçue pour promouvoir la négociation, la simplification et l’optimisation. Citant une enquête qui révèle que parmi 45 chefs d’État actuels qui ont étudié aux États-Unis, 16 sont diplômés d’une école de commerce, M. Marquis écrit que les élites ainsi formées occupent une place croissante au sein des instances dirigeantes, où elles introduisent une vision transactionnelle de la vie politique.
“Les écoles de commerce ne se contentent pas de refléter notre système économique, argue encore ce professeur, elles en façonnent activement les priorités et en normalisent ses effets néfastes.” En s’imposant financièrement et intellectuellement, ces écoles évincent l’éducation humaniste. À l’ère de l’IA, poursuit Chris Marquis, la réflexion encouragée par les arts et les sciences humaines devient de plus en plus urgente. Et martèle :
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“Il ne s’agit pas de ‘réparer’ les écoles de commerce. Il faut les abolir.”
La faute aux entreprises
Dans une réplique publiée sur la plateforme Substack, Shivaram Rajgopal, professeur de la Columbia Business School, y voit “un débat ancien et honorable”, mais il apporte ce bémol : “Les préjugés décrits par Chris surviennent principalement au sein des entreprises, en raison de la hiérarchie et des systèmes d’incitation.” Et ajoute : “Dans le cadre de mes recherches et lors de rencontres avec des cadres dirigeants, je constate que cela découle principalement de la manière dont les entreprises sont organisées et dont les rémunérations sont structurées, et non de ce que l’on a pu apprendre sur les bancs de l’école.”
M. Rajgopal reconnaît toutefois que l’enseignement dans ces écoles doit changer. Les étudiants, selon lui, devraient apprendre à remettre en question les données probantes plutôt que de mémoriser les bonnes pratiques. Il faut mieux comprendre comment la rémunération, les objectifs, les conseils d’administration et les lignes hiérarchiques façonnent les actions des managers, et comment faire évoluer ces éléments. “Ce travail est déjà en cours au sein des écoles de commerce – certes lentement et imparfaitement –, et c’est là la raison la plus solide pour justifier leur maintien.”
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