La route qui relie Bunia à Mongbwalu, deux villes au cœur de l’Ituri, province de la République démocratique du Congo [RDC], est recouverte de poussière, traversée par les camions, soldats, travailleurs miniers, commerçants, familles déplacées et autres personnes fuyant les violences armées. C’est aussi par elle que le virus avance. L’hôpital général est débordé. Les tests manquent. Il n’y a pas assez de combinaisons, de masques, de lunettes de protection. Des proches apportent de la nourriture et de l’eau parce que l’hôpital en manque. Des soignants tombent malades. Certains meurent. D’autres continuent, faute de pouvoir être remplacés.
Dans les rues, les on-dit circulent aussi vite que le virus. Certains disent qu’Ebola n’existe pas. D’autres accusent l’hôpital, les médecins, les ONG. Des rumeurs parlent de complot. Un centre d’isolement est incendié. Des patients suspects s’enfuient. Une foule réclame le corps d’un défunt pour l’enterrer selon les rites habituels. La réponse sanitaire doit pourtant pouvoir s’appuyer sur la confiance des communautés. Et parce que ce virus frappe ceux qui restent près des malades, Ebola est parfois appelée la « maladie de la compassion ».
Surveillance sanitaire, laboratoires, agents communautaires, équipes de contact tracing, stocks d’équipements et réseaux logistiques constituent une première ligne de défense mondiale. Quand elle fonctionne, elle ne fait pas la une. Mais quand elle s’affaiblit, le virus gagne du terrain. Et dans une épidémie, c’est décisif.
Les coupes engagées depuis 2024 par la France et plusieurs autres grands pays donateurs dans l’aide publique au développement et les financements de la santé mondiale mettent cette défense en péril. Car ce ne sont pas que des lignes budgétaires lointaines qui sont supprimées. En réduisant les ressources accordées à la solidarité internationale, on se prive des moyens essentiels pour agir vite, ce sont des tests, des véhicules, des formations, des stations de lavage des mains, des stocks de protection, des réseaux de confiance. Ces coupes atteignent directement notre capacité de reconnaître une alerte de bas niveau avant qu’elle ne devienne un raz-de-marée.
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