Jérôme Heurtaux interroge le droit face à la guerre à Gaza
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Pierre-Édouard Deldique reçoit Jérôme Heurtaux, l’auteur d’un essai marquant intitulé Le droit international est-il mort à Gaza ? (Riveneuve). Politiste, l’invité d’Idées cette semaine propose une réflexion à la fois méthodique, accessible et inquiète sur l’état du droit international face à un conflit où les violations massives semblent se dérouler sous les yeux du monde entier.
L’auteur, – qui, comme il le souligne dans l’émission, a travaillé sur le silence ou le négationnisme des Polonais, après la Seconde Guerre mondiale –, explique que son livre est né en somme d’un désarroi et d’une colère face aux crimes commis à Gaza après les massacres de Juifs, en Israël, le 7 octobre 2023.
Son essai est celui d’un politiste qui se saisit du droit pour comprendre ce que les normes internationales permettent réellement de dire, de qualifier et sanctionner.
Jérôme Heurtaux montre comment le droit international fonctionne concrètement dans un contexte de violence extrême.
Le premier chapitre est consacré à un travail de synthèse d’enquêtes disponibles sur Gaza, réalisées par les ONG (palestiniennes et israéliennes), l’ONU, et les instances pénales internationales.
D’évidence, on ne pourra dire que l’on ne savait pas.
Comme l’auteur le dit au micro d’Idées, les preuves étaient (et demeurent) accessibles, en sources ouvertes. Il montre comment les journalistes palestiniens – souvent tués dans l’exercice de leur travail – ont documenté la guerre malgré l’interdiction d’accès imposée à la presse internationale par le gouvernement israélien.
Le deuxième chapitre explore la manière dont les acteurs – ONG, experts, juridictions internationales et nationales – mobilisent les catégories du droit pénal international : crimes de guerre, crimes contre l’humanité, crimes de génocide.
Jérôme Heurtaux met en lumière une convergence exceptionnelle des analyses qui qualifient la situation à Gaza de génocide, en s’appuyant sur la mortalité massive des civils, l’affamement de la population, la destruction systématique des infrastructures vitales, la déshumanisation des Palestiniens.
Il restitue les raisonnements juridiques de manière claire, montre comment les experts appliquent les textes fondateurs : la Convention de 1948 et le Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Le troisième chapitre élargit la réflexion : le droit international est-il encore capable de protéger, qualifier, sanctionner ?
Selon l’auteur, le droit international reste un langage universel, partagé par les acteurs qui documentent les crimes. Il permet de nommer l’horreur, de la rendre intelligible. Reste que son efficacité dépend entièrement de sa mise en œuvre : sans mobilisation devant les juridictions internationales ou nationales, le droit se désarme.
Bien que centré sur Gaza, l’essai pose une question plus large : que reste‑t‑il du droit international lorsque les États les plus puissants refusent de l’appliquer ?
Programmation musicale :
« Intro » – Hussam Aliwat
« Ta5 » – Shamaly
« Conte d'un luth désespéré » – Abderraouf Ouertani.
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