Cinq semaines d’audiences pour rien. Ou presque. Le procès de Lindsay Clancy s’est achevé dans le “chaos”, vendredi 4 septembre, selon les termes du Washington Post. Au terme de sept journées de délibérations, le jury populaire composé de 12 personnes (neuf femmes, trois hommes) s’est révélé incapable de parvenir à une décision unanime au sujet de la responsabilité de la mère de famille dans le meurtre de ses trois jeunes enfants de 5 ans, 3 ans et huit mois, au soir du 24 janvier 2023. Résultat : le juge William Sullivan a décidé d’annuler le procès faute de consensus, indispensable pour déclarer un quelconque verdict. En réaction, “une vague d’incrédulité a parcouru le tribunal” du comté de Plymouth, dans le Massachusetts, décrit la BBC.
L’intransigeance d’un seul juré masculin aurait barré la route à l’acquittement, selon les informations du journal de la capitale. Les onze autres membres du jury s’orientaient, eux, vers la validation de l’irresponsabilité pénale plaidée par l’infirmière de 36 ans et ses avocats. “La situation fait penser à la célèbre pièce de théâtre Douze hommes en colère, mais à l’envers”, glisse le tabloïd The New York Post. Le film de 1957 puis son adaptation sur les planches en 1964 dépeignait les efforts de persuasion d’un juré, seul convaincu de l’innocence d’un accusé pour meurtre.
Tentative de suicide
Dans ce cas précis, la culpabilité ne faisait que peu de doute. “Mme Clancy admet qu’elle a étranglé ses enfants avec des bandes élastiques, détaille The New York Times. Ce sont ses symptômes de psychose post-partum dans les mois précédant les meurtres qui ont été au centre des arguments de la défense.” La jeune femme, restée silencieuse pendant l’essentiel des débats s’est présentée à la barre en fauteuil roulant, conséquence d’une tentative de suicide consécutive aux assassinats, d’abord par la prise de médicaments, puis à l’aide d’une lame et enfin au moyen d’une défenestration volontaire depuis l’étage de sa maison pavillonnaire du Massachusetts. “Elle n’a même pas essayé d’amortir la chute avec ses mains, je n’arrive pas à me défaire de ce détail”, souffle la chroniqueuse Jessica Grose, dans le journal new-yorkais.
Car faute de verdict, ce procès surmédiatisé a permis de jeter une lumière crue sur la santé mentale des jeunes mères. Les carences dans la détection, la prise en charge et les conséquences de leur détresse psychologique. “Certaines personnes ont interprété ce procès comme un référendum sur la question, analyse le magazine The Atlantic. D’autres ont développé des théories du complot élaborées selon lesquelles c’est son ex-mari Patrick qui aurait commis les crimes.” Tout au long du procès, des groupes de femmes vêtues de rose sont venus apporter leur soutien à l’accusée aux portes du tribunal, ajoute la publication de gauche.
“Ces rassemblements illustrent à quel point Clancy est devenue un symbole pour une partie des femmes. La mère dévouée mais tourmentée, martyrisée par les exigences infinies de ses enfants dans les premières années de leurs vies, abandonnée par un système de soins défaillants.”
Aucun sens à trouver
L’annonce du mistrial (le terme consacré outre-Atlantique) a donc été accueillie avec satisfaction par une frange de la population. Mais gare à la pente glissante, conteste The New York Post. “On a vu sur les réseaux sociaux des légions de témoignages de femmes assurant que ‘ça aurait pu être moi’, grince la journaliste Bethany Mandel. Désormais, à chaque fois qu’une femme va présenter des signes de dépression, de pensées suicidaires ou de pensées intrusives, elle sera traitée avec suspicion.”
En réalité, l’impasse du jury reflète un clivage présent plus largement au sein de la société américaine, indique The New York Times. “Un désaccord fondamental affleure au sujet de la manière dont Mme Clancy doit passer le reste de ses jours. Est-elle une criminelle destinée à la vie derrière les barreaux ? Ou une sorte de victime à qui on doit fournir des soins ? ”
Les procureurs peuvent désormais demander à un nouveau jury de trancher la question. “J’espère que ça ne sera pas le cas, je doute que d’autres personnes parviennent à un autre résultat”, soupire Jessica Grose. À la place, l’accusation peut aussi choisir de négocier un accord avec la défense, ou tout simplement abandonner les poursuites. “Qu’importe le choix final, estime The Atlantic, cette affaire continuera de frustrer ceux qui tentent de lui donner un sens. Les yeux hantés de Clancy le comprenaient mieux que ses soutiens bien intentionnés et ses détracteurs : il n’y a aucun sens à donner, aucune sagesse à tirer de tout ce qui s’est passé. Ne reste que le vide, et l’assurance d’une souffrance éternelle.”
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