L’Arabie saoudite a annoncé, mercredi 7 octobre, trois morts dans des attaques houthistes contre ses aéroports, au moment où Riyad tente de contrer ces combattants pro-iraniens au Yémen, où les hostilités ont fait plus de 200 000 déplacés. Les houthistes avaient revendiqué plus tôt des tirs de missiles et de drones contre l’aéroport international de Riyad et celui d’Abha, dans le sud-ouest du royaume.
Des ressortissants égyptien, algérien et soudanais ont péri et 36 autres personnes ont été blessées, certaines grièvement, selon la Direction générale de l’aviation civile saoudienne, qui a aussi signalé des dégâts matériels.
Riyad a assuré tôt jeudi, par un communiqué de sa coalition militaire au Yémen, que ces attaques ne resteraient pas « impunies » et a annoncé avoir détruit en représailles « 82 cibles militaires légitimes » houthistes. La coalition avait déjà annoncé auparavant avoir intercepté des tirs et également « détruit la rampe de lancement de missiles balistiques » utilisée pour mener l’attaque visant l’aéroport de Riyad. Le trafic y est régulièrement perturbé depuis plusieurs jours, selon le site de suivi Flightradar24, alors que les houthistes ont prévenu les compagnies aériennes que le ciel saoudien n’était « pas sûr ».
Le conflit entre ces combattants, qui contrôlent la capitale yéménite Sanaa et de vastes pans du pays depuis plus d’une décennie, et le gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par le royaume saoudien, s’est réveillé en juillet après des années d’accalmie, devenant le nouveau front de la guerre au Moyen-Orient.
Depuis, 201 217 personnes « ont été contraintes de quitter leur foyer », selon l’Organisation internationale des migrations, qui s’alarme du manque de financements nécessaires pour faire face à cette nouvelle crise humanitaire dans le pays le plus pauvre de la péninsule arabique.
En septembre, une offensive éclair des houthistes leur a permis de prendre le contrôle de l’ensemble du littoral yéménite donnant sur la mer Rouge, et de renforcer leur emprise sur le stratégique détroit de Bab Al-Mandab, qui relie l’Asie à l’Europe via le canal de Suez. Les forces gouvernementales, appuyées par des avions de combat saoudiens, ont lancé une contre-offensive le week-end dernier, revendiquant « des victoires sur plusieurs fronts ».
Mais les houthistes démentent ces avancées, et des sources militaires des deux camps interrogées par l’Agence France-Presse (AFP) n’ont pas rapporté d’évolutions majeures sur le terrain. Les positions de chacun sont difficiles à déterminer de manière indépendante, dans des zones difficiles d’accès pour les journalistes.
Le pacte de La Mecque activé
De nouveaux affrontements dans l’ouest du pays ont fait au moins 62 morts mercredi, selon des sources militaires dans les deux camps, portant à plus de 330 le nombre de combattants tués depuis lundi.
L’Arabie saoudite a encore bombardé dans la nuit plusieurs régions tenues par les houthistes, dont la capitale Sanaa, selon ces derniers qui ont recensé « 1 642 frappes et attaques de missiles saoudiennes au cours des trois derniers mois ». Eux ont attaqué une base militaire dans la zone de l’aéroport d’Aden, dans le sud du Yémen, où le gouvernement s’est replié en 2015, au début du conflit. Selon le ministère des transports, un missile est tombé près de la piste d’atterrissage quelques minutes avant l’arrivée d’un vol de la compagnie aérienne yéménite en provenance du Caire, qui a dû être dérouté vers un aéroport saoudien.
L’agence de presse gouvernementale Saba a également fait état d’une frappe sur la grande ville de Taëz, tenue par les forces gouvernementales mais en partie encerclée par les houthistes, faisant cinq blessés parmi les civils. « Nous sommes sortis dans la rue (…) et nous avons vu de jeunes gens qui avaient été touchés. Le projectile a atterri en plein milieu de la rue, à un moment où le quartier était bondé », a raconté à l’AFP un habitant, Al-Fateh al-Eisaei.
Peinant à repousser les attaques des houthistes, en Arabie saoudite comme au Yémen, Riyad et ses alliés ont réclamé à plusieurs reprises un soutien international ces dernières semaines, notamment des Etats-Unis, sans succès jusqu’ici.
La Turquie, le Pakistan et l’Arabie saoudite se sont mis d’accord pour passer « immédiatement à la mise en pratique » d’un accord de défense, signé le 7 août à La Mecque. Ils ont annoncé lundi leur intention de « fournir les forces et moyens militaires convenus, et les déployer rapidement dans le royaume ».
Le conflit continue à perturber sérieusement le pétrole saoudien – Riyad est le deuxième exportateur mondial de brut – avec des attaques régulières des houthistes sur les raffineries du royaume et la flotte saoudienne en mer Rouge.