Livre. Lors d’une marche en montagne, l’avocat François Zimeray discute de son métier avec une jeune femme de « 23 ans, étudiante à Sciences-Po, résolument de son temps » et évoque les grands principes de la défense, dont la présomption d’innocence. « Je crois que moi, dans certains cas, je préférerais un innocent en prison », lui dit-elle. La phrase, énoncée avec une évidente sincérité, lui fait l’effet d’un « coup dans le ventre ». « Et si les droits de l’homme appartenaient au passé ? », s’interroge-t-il.
Auteur d’Un innocent en prison. Réflexions sur l’avenir des droits de l’homme (Gallimard, « Tracts », n° 78, 48 pages, 3,90 euros), François Zimeray sait de quoi il parle. Il fut avocat à la Cour pénale internationale, a participé comme député européen aux travaux de rédaction de la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne, a exercé les fonctions d’ambassadeur des droits de l’homme et a réchappé à un attentat islamiste le 14 février 2015, alors qu’il assistait, en qualité d’ambassadeur de France en Norvège, à une rencontre consacrée à la liberté d’expression, quelques semaines après la tuerie de Charlie Hebdo. Mais c’est dans la pratique retrouvée du métier de défendre qu’il se heurte au « souffle inquiétant de l’air du temps » : « une tyrannie diffuse où tout est simplifié, réduit à quelques certitudes, où la complexité est tenue pour suspecte et la nuance pour une faiblesse ».
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