Dans cet article accompagnant l’épisode « La bataille des cartes » du podcast « L’Heure du Monde » du lundi 2 novembre, découvrez quelques-unes des cartes qu’évoque Delphine Papin à notre micro.
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution « Corriger la carte » (« Correct the Map »), qui appelle à rééquilibrer la représentation des régions de la planète, en particulier celle de l’Afrique. Le vote s’est conclu par 164 voix pour, 1 contre – celle des Etats-Unis – et 6 abstentions. La représentante américaine Yaryna Ferencevych a dénoncé un « projet idéologique radical ».
Mais pourquoi faut-il « corriger la carte » ? La résolution s’attaque tout particulièrement à une projection, celle de Mercator, créée en 1569 par le cartographe flamand Gerardus Mercator. Elle n’est pas sans qualité : elle facilite la navigation des marins. Mais elle a aussi un gros défaut : elle déforme les continents et étire les superficies éloignées de l’équateur. Lancée en 2024, la campagne africaine « Corriger la carte » défend la projection Equal Earth (« Terre égale », conçue en 2018), qui respecte la taille relative des continents, mais en déforme les contours. La France, ancienne puissance coloniale, s’est associée symboliquement à la démarche africaine en privilégiant la projection Eckert IV, présentée en 1906 par le géographe allemand Max Eckert-Greifendorff et proche d’Equal Earth.
Une carte n’est jamais un simple dessin technique : projection, cadrage, centrage et orientation produisent toujours une certaine vision du monde. Au début des années 2000, le ministère de la défense chinois s’empare des projections conçues par le géophysicien chinois Hao Xiaoguang, qui placent la Chine au centre du monde et rejettent les Amériques vers les marges.
Mais les cartes ne font pas que représenter le monde : elles nomment aussi les choses. Aux Etats-Unis, Donald Trump a ainsi décidé (entre autres) de rebaptiser le golfe du Mexique « golfe d’Amérique » et le 10 février 2025, Google Maps a annoncé se conformer au changement de nom à la suite du décret signé par le président. Pour les utilisateurs basés aux Etats-Unis, le golfe du Mexique a été rebaptisé « golfe d’Amérique », tandis qu’il conserve l’ancien toponyme pour ceux basés au Mexique. Dans le reste du monde, c’est une double appellation qui apparaît.