Balendra Shah, le Premier ministre népalais, n’a “aucun doute”. La coulée de boue qui a dévasté une vallée située à la frontière entre son pays et la région chinoise autonome du Tibet, le 26 août, “est due au changement climatique”.
Sans doute faut-il être un responsable politique pour pouvoir se montrer aussi affirmatif. Les scientifiques, eux, sont plus circonspects après l’effondrement du glacier provoqué par un gigantesque glissement de terrain qui a fait, à ce jour, plus de 1 000 morts et 4 500 disparus. “Les chercheurs débattent actuellement, sur des forums en ligne informels, de la contribution du réchauffement climatique à cette catastrophe”, écrit ainsi New Scientist. “La fonte des glaciers et du pergélisol”, ce sol gelé qui agit comme du ciment sur les parois rocheuses, a “probablement” joué un rôle, avance prudemment le géophysicien Göran Ekström, interrogé par Nature.
Une chose, en revanche, est certaine. La région himalayenne se réchauffe d’environ 0,3 °C par décennie, soit plus rapidement que la moyenne mondiale (0,1 °C), les glaciers reculent, le pergélisol se dégrade. Et selon Benjamin Horton, doyen d’une université hongkongaise et spécialiste des sciences de la terre et du climat, “il n’est pas nécessaire que le dérèglement climatique soit le seul déclencheur pour reconnaître son rôle” dans un tel événement. “Le changement climatique provoque rarement des catastrophes par le biais d’un mécanisme simple et linéaire, développe-t-il dans un entretien au Nepali Times. Il modifie les conditions générales dans lesquelles les aléas se produisent.”
Surtout, insiste le chercheur, “nous n’avons pas besoin que l’incertitude soit réduite à zéro pour agir”. Agir, en l’espèce, c’est d’abord s’adapter : mettre en place des systèmes de suivi des glaciers et d’alerte précoce, des plans d’évacuation des populations, ne pas construire dans des zones exposées. Tout cela coûte beaucoup d’argent, bien plus que le Népal n’en a.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Ce qui nous ramène à Balendra Shah. Son gouvernement, qui estime ses besoins pour faire face à la crise à 5 milliards de dollars (4,3 milliards d’euros), a “demandé une aide d’urgence au fonds des Nations unies destiné à financer les pertes et dommages liés au changement climatique”, annonce The New York Times. Le Premier ministre entend placer la communauté internationale face à ses responsabilités. Car, faut-il le rappeler, les pays qui ont le moins contribué aux émissions mondiales de gaz à effet de serre sont ceux qui en subissent le plus durement les conséquences. Pour l’instant, le fonds dispose de 820 millions de dollars (un peu plus de 705 millions d’euros), c’est-à-dire pas grand-chose. Et près de 120 pays l’ont déjà sollicité, pour un montant total de 2,8 milliards de dollars. Dans ce contexte, le Népal pourrait espérer, au mieux, 20 millions de dollars. Une misère.
Le drame qui touche aujourd’hui l’Himalaya devrait pourtant nous alarmer. Partout dans le monde, “les régions montagneuses vont continuer de se réchauffer rapidement, ce qui entraînera une multiplication des catastrophes”, prévient New Scientist. Même la Suisse, l’un des pays les plus riches du monde, n’est pas épargnée. En mai 2025, l’effondrement du glacier du Birch a provoqué une avalanche et un éboulement qui ont anéanti le village de Blatten, heureusement évacué quelques jours plus tôt.
Il est indispensable d’aider les pays victimes de catastrophes climatiques. Mais tout l’argent du monde, on le sait, ne permettra pas d’arrêter la fonte des glaciers. Comme le rappelle le chercheur Benjamin Horton, “l’avenir n’est pas prédéterminé. Chaque fraction de degré de réchauffement évitée compte”. Ce qui passe nécessairement par une réduction rapide de la consommation de charbon, de pétrole et de gaz sur l’ensemble de la planète.
En bref
Adieu + 1,5 °C
“C’est officiel : nous pouvons dire adieu à l’objectif de limiter à 1,5 °C le réchauffement planétaire visant à éviter les répercussions les plus dangereuses du changement climatique.” Nature relaie la principale conclusion du rapport du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) rendu public le 2 septembre et intitulé “Limiter le dépassement”. C’est la première fois qu’un organisme des Nations unies déclare sans ambiguïté que la planète va se réchauffer de la sorte. Nouvel objectif : ne pas dépasser + 1,8 °C, et ça ne va pas être simple. Pour en savoir plus, c’est ici.
Une pensée pour la faune
“Les animaux souffrent fortement de la sécheresse persistante”, alertait De Volkskrant dans son édition du 7 août. Le quotidien néerlandais y passait en revue la situation de plusieurs classes d’animaux présents dans le pays : poissons, insectes ou mammifères. Il redoute que certaines espèces ne viennent à disparaître si cette sécheresse devenait courante sur le long terme. Pour en savoir plus, c’est ici.
El Niño : le corail a parlé
L’analyse de la composition de milliers de coraux, vivants ou morts depuis des siècles, provenant des îles Galápagos, a permis de reconstituer l’évolution d’El Niño sur plus d’un millénaire. Elle montre une intensification, depuis que l’humain émet des gaz à effet de serre, des épisodes de ce phénomène naturel récurrent. Ces résultats, publiés dans Science, “prouvent à plus de 50 % que le changement climatique [anthropique] se répercute bel et bien sur El Niño”, assure l’océanographe Mark Cane. L’épisode qui a commencé pourrait faire de 2027 l’année la plus chaude jamais enregistrée, prévient New Scientist. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 151 de Climatiques.
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