Je ne crois pas au coup de foudre. Du moins, pas dans le sens amoureux du terme. Parce que si je suis vraiment honnête, je l’ai déjà eu une fois : pour ma nièce. Je me souviens de la première photo d’elle que j’ai vue : un nouveau-né épuisé, avec un bonnet pointu rose, dormant dans les bras de ma sœur. Avec le recul, je crois que je l’ai vue à ce moment-là comme quelque chose entre le ver luisant et le coati [mammifère sud-américain proche du raton laveur], mais pas du tout comme elle-même. Cependant, en voyant cette photo, j’ai été saisie d’un amour profond, inébranlable. Et celui-ci ne m’a jamais quitté depuis.

Quand j’étais petite, ma sœur aînée était mon étoile polaire. J’étais une enfant bizarre, avec des cheveux courts et des lunettes rondes colorées. Je faisais toujours un peu trop de bruit, j’étais toujours un peu trop sensible, un peu trop dispersée. Mais il y avait cette autre fille, qui me tenait toujours la main. Ma sœur avait la voix grave, des cheveux longs nattés en deux tresses et elle m’aimait. La plupart de ce que je sais, c’est d’elle que je l’ai appris.

Elle-même n’a pas eu cette chance. Quand on vieillit, on souhaite que sa grande sœur ait eu, elle aussi, une grande sœur, parce qu’on ne pourra jamais lui rendre ce qu’elle nous a donné. Comment le pourrait-on