La nouvelle porte-parole de la Maison Blanche, Katie Zacharia, dont le CV interroge, a admis à demi-mot, jeudi 15 octobre, qu’elle avait échoué à l’examen du barreau tout en affirmant avoir le droit de se présenter comme avocate (« lawyer »), jouant sur les ambiguïtés sémantiques de différents termes définissant les professions juridiques aux Etats-Unis : « attorney », « lawyer » et « general counsel ».
Il n’existe pourtant aucun élément permettant de dire que la porte-parole de 41 ans ait jamais passé avec succès un examen du barreau aux Etats-Unis, après son diplôme en droit de l’université Pepperdine en Californie.
Comme l’explique le New York Times, Katie Zacharia ne s’est jamais présentée comme « attorney », qui suppose d’avoir passé le barreau de l’un des Etats américains. C’est le président américain, Donald Trump, qui l’a fait, mardi 13 octobre, lorsqu’il a présenté la nouvelle porte-parole aux journalistes, au pied de l’hélicoptère présidentielle. Katie Zacharia se présente, en revanche, comme « lawyer », notamment sur les réseaux sociaux et sur la chaîne Fox News, où elle a été consultante. Un mot plus flou, entre « avocat » et « juriste » en français et dont certains experts interrogés par le quotidien new-yorkais assurent qu’il suppose d’avoir passé le barreau, quand d’autres estiment que ce n’est pas le cas.
« Les résultats ne sont pas vraiment importants »
Interrogée jeudi par le média conservateur Real America’s Voice, Katie Zacharia a déclaré qu’elle s’était inscrite pour passer le barreau mais qu’elle avait ensuite été « distraite et submergée » par un projet de déménagement en Chine, où elle devait rejoindre son mari. « On s’est simplement dit : “Profitons de ce moment. Je vais passer le barreau et voir ce que ça donne.” Les résultats ne sont pas vraiment importants, parce que je savais que je n’aurais pas besoin du barreau en Chine, et on est partis peu après », a-t-elle ajouté.
Katie Zacharia a ensuite vécu à Pékin. Selon ses informations biographiques sur le site LinkedIn, elle y a travaillé en tant que juriste pendant près de deux ans pour un cabinet d’avocats, entre 2011 et 2013.
Elle a justifié le fait de ne pas avoir repassé le barreau à son retour aux Etats-Unis par la naissance de son premier enfant.
Dénonçant de la « désinformation » et des « malentendus », elle a affirmé que de « nombreuses personnes du secteur » lui avaient assuré qu’elle pouvait se présenter comme avocate (« lawyer »), compte tenu de son diplôme en droit et de son expérience internationale en droit des affaires, acquise en Chine. « J’ai été très prudente dans ma façon de procéder », a-t-elle insisté.
Une première conférence de presse fébrile
L’association d’éthique en politique Campaign for Accountability a déposé, mercredi, une plainte auprès du barreau de l’Etat de Californie. « En Californie, se désigner soi-même comme avocat sans licence, ce n’est pas de la vantardise ; c’est un crime », soutenait l’association dans un communiqué. D’autant plus que le New York Times souligne que Katie Zacharia se présente également, notamment sur LinkedIn, comme « general counsel » de l’organisation Fix California. Et dans ce cas, le doyen de l’école de droit de l’université de Californie à Berkeley, Erwin Chemerinsky, interrogé par le quotidien, est définitif : « Vous ne pouvez pas être “general counsel” d’une entreprise aux Etats-Unis sans avoir passé le barreau. »
Peu connue du grand public, Katie Zacharia a fait une entrée en matière fébrile mardi, avec une conférence de presse inhabituellement courte de quinze minutes durant laquelle elle s’est lancée dans une ode à Donald Trump avant de ne répondre aux questions que de trois journalistes triés sur le volet.
Elle a succédé à Karoline Leavitt, une autre fidèle du président américain, qui a quitté ses fonctions en août pour s’occuper de ses jeunes enfants. Son arrivée à la Maison Blanche survient alors que Donald Trump est engagé dans une stratégie de confrontation avec plusieurs médias jugés hostiles et au moment où la popularité du président américain recule à quelques semaines des élections de mi-mandat. L’administration américaine avait notamment suspendu les accès de CNN, MS NOW et Politico à la Maison Blanche.
Interrogée sur les conséquences de cette fonction exigeante sur sa vie personnelle, Katie Zacharia a expliqué comment sa famille, composée de quatre enfants, s’adaptait à ce nouveau rythme. Et a conclu sur un lapsus qui a déclenché quelques rires dans la salle en évoquant « mon président, excusez-moi, mon mari… ».