En Somalie, l’Etat semi-autonome du Puntland, dans le nord-est du pays, a accusé, samedi 29 août, le gouvernement fédéral et la Turquie d’avoir payé une importante rançon à des pirates pour libérer un cargo, un succès que Mogadiscio a attribué à une intense « pression militaire ».
Les côtes de la Corne de l’Afrique subissent une résurgence de la piraterie, avec au moins quinze attaques au large de la Somalie depuis le début de l’année, un record depuis 2013, d’après une analyse de l’Agence France-Presse (AFP) de données de l’Organisation maritime internationale.
Le Lutuf, cargo battant pavillon camerounais, avait été détourné le 17 août par huit hommes armés près des côtes de Marayaa, dans le district d’Eyl, dans la région de Nugaal, au Puntland. Les pirates avaient lancé leur attaque à partir du MV Sward, un autre navire dont ils s’étaient emparés en avril. Au moins huit membres d’équipage se trouvaient à bord du Lutuf, dont un Turc, selon des sources au Puntland, citées par l’AFP.
Quatorze pirates tués
Au cours d’une opération de dix jours menée par l’armée somalienne et la marine turque, « quatre embarcations utilisées par les pirates ont été détruites et quatorze pirates ont été tués. La pression militaire soutenue a finalement contraint les pirates restants à abandonner le navire », a affirmé le ministère de la défense somalien dans un communiqué, sans mentionner de rançon.
Une version contredite par les autorités du Puntland qui, tout en saluant la libération du navire et de son équipage, « condamnent fermement la rançon versée par des responsables du gouvernement fédéral et du gouvernement turc » pour l’obtenir, selon un communiqué du ministère de la sécurité de l’Etat semi-autonome, condamnant une « erreur grave et dangereuse ».
« Cela crée une incitation financière qui encourage la piraterie et compromet les efforts visant à obtenir la libération des autres navires encore détenus par des pirates », poursuivent les autorités du Puntland, qui entretiennent des relations tendues avec Mogadiscio. Le versement d’une rançon – et son montant, le cas échéant – n’a pas été confirmé officiellement par la Turquie ou le gouvernement fédéral somalien à ce stade.
Des médias internationaux ont affirmé que des armes turques se trouvaient à bord du Lutuf. Interrogées par l’AFP, les autorités fédérales somaliennes et du Puntland n’ont pas confirmé cette information. Selon le site de suivi Marine Traffic, le cargo avait quitté fin juillet la Turquie – un des principaux partenaires militaires et économiques de la Somalie – et faisait route vers le port tanzanien de Dar es-Salaam.
Reprise des actes de piraterie
Au total, vingt-deux hommes armés auraient quitté le Lutuf et débarqué sur les côtes du port de pêche de Jifle, également située dans la province de Nugaal, ont précisé des sources sécuritaires à l’AFP. Ils se seraient ensuite dirigés, à bord de véhicules, vers la ville portuaire de Garacad, où la rançon leur aurait été remise. Le Puntland a en outre accusé le gouvernement turc d’avoir « bombardé et tué des jeunes présents au large des côtes du Puntland, et détruit des bateaux de pêche ».
Le MV Sward, aux mains des pirates, avait également servi de plateforme pour détourner deux bateaux de pêche iraniens, en juillet. Les pirates avaient obtenu une rançon de 20 000 dollars (environ 17 200 euros) par navire.
Après un pic en 2011, les actes de piraterie au large de la Somalie avaient fortement diminué grâce notamment au déploiement de navires militaires internationaux, à la création d’une police maritime entraînée par l’Union européenne au Puntland et à diverses mesures prises par les armateurs commerciaux. Ces derniers peuvent ainsi, pour se protéger, emprunter des routes maritimes éloignées des côtes, augmenter leur vitesse ou encore faire appel à des gardes armés à bord.
Mais l’activité, née dans les années 2000 de la pauvreté et de la colère de communautés de pêcheurs locaux, privées de poissons par les chalutiers étrangers opérant illégalement au large de la Somalie, alors sans autorité centrale, a repris ces derniers mois dans la région d’Eyl, ancienne bourgade de pêcheurs du Puntland devenue un haut lieu de la piraterie somalienne. Au moins cinq navires sont toujours retenus par les pirates somaliens, le dernier ayant été détourné le 20 août, au large du Yémen.