L'album «Eldorado» de Girls in Hawaii: l’art de courir après l’impossible
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Après près de dix ans de silence discographique, le quintette belge Girls in Hawaii revient avec Eldorado, un cinquième album lumineux, traversé de mélancolie et de désirs. Une pop rêveuse préférant les chemins de traverse aux promesses du bonheur.
Girls in Hawaii, on imagine des filles, des colliers de fleurs et des cocotiers face au Pacifique. Raté. Ce sont des garçons. Et ils viennent de Belgique. Sous ce nom de scène, le fantasme viscéral de l’évasion. Dans la réalité, ils jouent parfois même au foot à la campagne entre deux tracteurs au milieu des vaches. Hawaï, une île mentale, en somme, pour musiciens qui n’ont jamais vraiment cessé de rêver d’ailleurs.
À l’origine, Lionel Vancauwenberge et Antoine Wielemans, deux amis d’enfance, ont grandi au son brut des guitares de Nirvana, à l’électricité des Pixies et aux échappées sonores expérimentales de Radiohead. Vingt-six ans après leurs débuts, leur quintette est devenu l’un des piliers de la scène indépendante belge, avec un public internationale fidèle, partout où il joue.
Leur recette ? Des guitares frémissantes, des mélodies pop en apesanteur, quelque part entre les rêveries de Grandaddy et les lendemains qui déchantent. Chez eux, la douceur n’exclut ni les secousses ni les questions qui fâchent. Les crises climatiques, les migrations, les inquiétudes d’une époque cabossée affleurent au détour des chansons, sans transformer les refrains en tracts. Le cœur se serre, les mélodies restent.
Il aura pourtant fallu attendre près d’une décennie pour retrouver Girls in Hawaii sur disque. Depuis Nocturne, paru en 2017, le temps a passé, avec son lot de deuils et de silences. La disparition du batteur originel et celle de leur manager historique ont laissé des absences qui ne se comblent pas à coups de décibels. Revenir n’avait donc rien d’une formalité. Voici aujourd’hui Eldorado, cinquième album qui choisit la lumière sans prétendre que tout va bien.
L’Eldorado, mirage moderne
Le titre « Eldorado », convoque la légendaire cité d’Amérique du Sud, cette chimère qui a poussé tant d’explorateurs à courir après des richesses fabuleuses, parfois jusqu’à la mort. Mais l’or n’est pas vraiment le sujet ici. Ce qui intéresse le groupe, c’est précisément ce qui nous échappe, la promesse d’un ailleurs qui recule à mesure qu’on s’en approche. Une idée presque inconvenante à l’heure où tout s’achète, se commande et se livre en vingt-quatre heures.
« L’Eldorado, finalement, reste inaccessible », explique Lionel Vancauwenberge, chanteur, guitariste et cofondateur du groupe. C’est cette notion d’inaccessible qui nous intéressait le plus pour cet album, cette idée d’un désir qui ne peut jamais être pleinement assouvi. » Pas question, donc, de cocher la case du bonheur après avoir rempli son panier. Le manque a aussi ses vertus, et le désir n’est pas forcément un problème à résoudre.
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Chez Girls in Hawaii, cette quête prend une forme autrement plus concrète : écrire des chansons. « Pour nous, une chanson incarne précisément cela, quelque chose qui jaillit spontanément et qui rend tout magique, même dans les moments les plus difficiles, lorsque le découragement prend le dessus. Car, pour Girls in Hawaii, la plus belle chose sur Terre, c’est d’écrire une chanson. »
Zones troubles et mélancolie lumineuse
La formule pourrait sembler naïve. Elle ne l’est pas tant que ça. Il faut une certaine obstination pour continuer à croire aux vertus d’une mélodie après les décès, les crises et les années qui filent. Eldorado ne prétend pas réparer le monde ni fournir le mode d’emploi d’une existence artistique réussie. Ses onze titres préfèrent les zones troubles, les élans contrariés et les horizons qui se dérobent. La mélancolie y circule sans faire la loi, portée par des arrangements aériens et cette façon bien à eux de transformer les fêlures en magnifiques refrains.
À l’heure des désirs immédiatement satisfaits et des rêves calibrés pour une publicité, Girls in Hawaii défend une ambition moins rentable : poursuivre quelque chose sans être certain de l’atteindre. L’Eldorado restera peut-être introuvable. Tant mieux, finalement. Il y a encore des chansons à écrire en chemin.
Girls in Hawaii Eldorado, cinquième album. En concert à La Cigale, à Paris, le 5 novembre 2026, puis en tournée dans toute la France.
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