Les transports et les approvisionnements en blé sont actuellement confrontés à des problèmes de stockage et de transport, si bien qu’en 2022 environ 28 % de la production céréalière mondiale a été perdue. Dans les pays émergents, ces pertes sont principalement dues à des insuffisances dans les transports entre les sites de production et les lieux de stockage. Dans les pays avancés, le gaspillage alimentaire se produit principalement en aval, dans les grandes surfaces ou chez les consommateurs. Dix pour cent de ce gaspillage suffiraient à enrayer les problèmes de faim et de malnutrition dans le monde. Comment expliquer alors que, malgré nos prouesses technologiques, une partie de l’humanité souffre de la faim, et que les pénuries extrêmes et les famines risquent même de s’aggraver avec le réchauffement climatique ?
Pour répondre à cette question, il est nécessaire de rappeler certaines transformations essentielles survenues au cours des derniers siècles dans la logistique, le transport et le commerce des céréales. En effet, entre le XVIIe et le XIXe siècle, les transports de blé se heurtaient sur terre à des routes imparfaites et à des conditions climatiques difficiles (gel, neige, boue, alluvions), et sur mer à l’aléa de la navigation à voile et aux risques météorologiques. Ainsi, en Europe du Nord et en Russie, les routes boueuses et gelées en hiver compliquaient énormément la circulation des blés, notamment entre les régions céréalières centrales et l’Ukraine actuelle, d’une part, et les régions proto-industrielles et urbaines, d’autre part.
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