Suez, canal historique
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Le canal de Suez, un laissez-passer pour les espèces invasives en Méditerranée
Par Samuel Forey (Port-Saïd [Egypte], envoyé spécial)Reportage« Suez, canal historique » (6/6). La création de l’axe maritime au XIXᵉ siècle a favorisé la migration d’espèces dites « lessepsiennes », d’après le nom du « père » du canal, depuis la mer Rouge jusqu’à la Grande Bleue. Elles prolifèrent, favorisées par la surpêche, la pollution, la construction côtière et l’accélération du réchauffement climatique.
Des pêcheurs tirent une barque sur le rivage. Ils approchent ensuite une charrette qui contient un immense filet. Ce dernier est chargé, mètre par mètre, sur la barque, en silence. Le soleil n’est pas encore levé, mais il y a plus de clair que d’obscur en ce mois de juin sur cette plage de Port-Saïd, en Egypte, où familles et jeunes hommes jouent dans les vagues de la Méditerranée. Sur l’horizon, une file de navires se dirige vers le canal de Suez – le convoi nord-sud.
Les filets sont chargés. Deux pêcheurs poussent la barque, montent à bord et partent vers le large, laissant filer les rets derrière eux, le côté lesté tombant en profondeur, le côté flottant affleurant à la surface. Puis les pêcheurs restés à terre halent les filets, ramenant peu à peu les poissons. Cette technique, dite pêche à la senne, est une des plus anciennes au monde. Elle est représentée dans les fresques de tombes égyptiennes datant de 3 000 ans av. J.-C.
La prise arrive. Il y a beaucoup de maquereaux. Parmi les poissons s’est glissé un petit Lagocephalus sceleratus – dit poisson-ballon, un petit prédateur très agressif, s’attaquant notamment aux poissons juvéniles. Il s’agit d’une espèce originaire de la mer Rouge, arrivée via le canal de Suez. Comme 900 espèces non indigènes aujourd’hui, dont la moitié sont implantées de manière permanente.
Ces arrivées bouleversent les biotopes d’une Méditerranée en voie de profonde transformation. Car, malgré sa petite taille, cette mer constitue l’une des régions du monde les plus riches en espèces et en écosystèmes originaux – au moins une douzaine, qui se déclinent en quelque 80 types d’habitats spécifiques.
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