Coupure de courant. La salle de conférences du Sofitel Fidji Resort and Spa a brusquement été plongée dans la pénombre, mardi 6 octobre en fin de matinée, et la climatisation s’est arrêtée. La réunion préparatoire de la COP31, dite “pré-COP”, qui se tient jusqu’à ce jeudi dans cet hôtel de Nadi, aux îles Fidji, a alors dû s’interrompre pendant une demi-heure dans une atmosphère étouffante.
Une péripétie de plus dans un cycle de discussions climatiques déjà chaotique. L’année dernière, à la fin de la COP30 au Brésil, faute de pouvoir départager les pays candidats à l’organisation de la COP31, il avait finalement été décidé que celle-ci aurait lieu en novembre 2026 à Antalya, en Turquie, mais que les négociations seraient dirigées par l’Australie. Pour attirer l’attention sur les archipels du Pacifique menacés par les conséquences du changement climatique, Canberra avait obtenu que la pré-COP se tienne aux Fidji et aux Tuvalu, invitant même une cinquantaine de chefs d’État et de gouvernement à participer à ce qui est, d’ordinaire, une réunion de ministres et de techniciens. Raté. L’opération de prestige a tourné au fiasco diplomatique. Seuls 14 dirigeants ont fait le déplacement, tous venus de la région pacifique, à l’exception des représentants du Timor oriental et de Maurice.
Maina Talia, ministre du Climat et de l’Environnement de l’archipel des Tuvalu, dont 2 des 9 atolls sont déjà en partie submergés, ne cache pas sa déception et sa colère face à l’absence des dirigeants des principaux pays émetteurs de gaz à effet de serre. “Nous leur avions demandé de venir, de voir par eux-mêmes, car ils ne peuvent pas prétendre jouer un rôle de premier plan dans le débat sur le climat s’ils ne font jamais l’expérience de ce que vivent les gens”, regrette-t-il auprès du journal australien The Saturday Paper.
Anthony Albanese, le Premier ministre australien, travailliste, qui, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, en septembre, déclarait “promettre à [la] famille du Pacifique qu’elle ne sera pas livrée à elle-même face à la crise climatique”, en prend lui aussi pour son grade. Quelle voisine est donc l’Australie, demande en substance Maina Talia, alors que ce pays est l’un des plus grands exportateurs au monde de charbon et de gaz naturel liquéfié ? “Pour les Tuvaluans, être un atuakoi [un voisin] implique des obligations de partage, de réciprocité et d’attention envers les autres, en particulier les plus vulnérables”, explique le Saturday Paper.
Chaque jeudi, les pistes de la presse étrangère pour agir face au dérèglement climatique et s’adapter
Est-il un bon atuakoi celui qui autorise l’expansion de la gigantesque mine de charbon de Hunter Valley, comme l’a fait la Nouvelle-Galles du Sud fin septembre ? (Une décision heureusement invalidée le 7 octobre par la Haute Cour d’Australie, les autorités n’ayant pas défini les moyens de réduire les émissions de gaz à effet de serre générées par la mine lorsque le charbon exporté serait brûlé à l’étranger). Et que dire de ces deux ministres australiennes qui posaient récemment, tout sourire, pour les photographes, alors qu’elles ouvraient la vanne libérant le gaz de schiste extrait du bassin de Beetaloo, l’un des plus grands gisements de combustibles fossiles au monde – une véritable “bombe climatique”, selon la cheffe des Verts australiens ? En dépit de son soutien affiché à ses voisins, l’Australie n’a visiblement pas le climat en tête de ses priorités.
En bref
Les “malheurs de Bangkok” sous les eaux
Une semaine après le déluge qui a paralysé Bangkok fin septembre, les inondations touchaient encore “plus de 3 millions de personnes” en Thaïlande, décompte le Bangkok Post. Construite sur les berges du fleuve Chao Praya, Bangkok s’enfonce dans le sol et sa forme en cuvette ne permet pas à l’eau de s’écouler. La capitale du pays a connu une extension rapide et anarchique et ne dispose pas d’infrastructures de drainage. Les “malheurs de Bangkok” ne sont pas nouveaux, mais ils empirent avec la multiplication des phénomènes climatiques violents. Pour en savoir plus, c’est ici.
Un glacier tibétain, archive climatique
Le glacier de Guliya, sur le plateau tibétain, à plus de 6 000 mètres d’altitude, est bien plus vieux que ce que l’on imaginait jusqu’à présent. Il conserverait en effet les données climatiques remontant à plus de 128 000 ans, ce qui en fait l’une des plus vieilles archives du climat disponibles. C’est ce qu’a découvert une équipe internationale de chercheurs en analysant des carottes de glace prélevées en 1992 et 2015. Cette découverte fait la une du magazine américain Science Advances daté du 2 octobre.
Les data centers débarquent dans l’espace
Alors que, sur Terre, la colère gronde face à la multiplication des gigantesques centres de données mauvais pour le climat car gourmands en électricité, en ressources minérales et en eau, Google a lancé, le 1er octobre, le premier satellite de test de son projet Suncatcher. L’objectif, à terme : faire tourner “un véritable centre de données orbital”, précise Scientific American. Avec un avantage : une énergie “abondante et gratuite” grâce à la lumière du Soleil. Mais on est encore loin d’un fonctionnement opérationnel. Pour en savoir plus, c’est ici.
À relire
Vous venez de lire l’édition no 156 de Climatiques.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !