Le mouvement de contestation lycéen “s’étend” en France, constate le New York Times. Mardi 6 octobre, pour “l’acte III”, des rassemblements étudiants ont eu lieu “dans plus de 40 villes”, tandis que “des syndicalistes, des parents et des enseignants se sont joints” à des manifestations “de plus en plus importantes”, “élargissant ainsi (la mobilisation) menée par les élèves, qui a entraîné la fermeture de centaines de lycées français depuis la fin de septembre”.
Les manifestations “se propagent à travers la France”, avec des marches “de Caen, au nord, à Marseille, au sud”, alors que les syndicats se sont mobilisés en solidarité avec les lycéens qui dénoncent depuis deux semaines “le manque de personnel, la surpopulation dans les salles de classe et la vétusté des bâtiments”. Cela donne “un nouvel élan” au mouvement qui a débuté le 17 septembre dans la banlieue parisienne, décrypte le quotidien américain.
Selon le ministère de l’Intérieur, 266 000 personnes ont défilé dans les rues mardi, dont 56 000 à Paris. Les organisations lycéennes et étudiantes ont, elles, dénombré 450 000 manifestants dans tout l’Hexagone, dont 100 000 dans la capitale.
“Les lycéens réclament d’être entendus alors que la France connaît ses plus importantes manifestations étudiantes depuis des décennies”, analyse CNN. “Une vague de manifestations déferle sur la France”, note également le Washington Post. Le journal américain observe que la colère lycéenne “se transforme en une expression de mécontentement plus général” au moment où “le gouvernement peine à maîtriser ses finances, à quelques mois d’une élection présidentielle cruciale”.
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Les manifestations de mardi se sont déroulées “dans un climat globalement pacifique”, mais un incendie a été déclenché à Lyon et les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogènes dans plusieurs villes, notamment à Paris, précise le New York Times. “La police française a tiré des gaz lacrymogènes à Paris et à Marseille, et a utilisé des canons à eau à Rennes, alors que les tensions s’intensifiaient. Des images ont montré des affrontements entre les forces de l’ordre et les manifestants. Certains manifestants ont allumé des feux dans les rues et lancé des projectiles”, retient de son côté Time.
Au total, 488 personnes ont été interpellées mardi dans le cadre de ce mouvement et 43 membres des forces de l’ordre ont été blessés, a annoncé le ministère de l’Intérieur. Depuis le 28 septembre, 6 547 personnes ont été interpellées, de même source.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a condamné mardi devant l’Assemblée nationale les violences en marge des manifestations des lycéens et réfuté toute “répression policière”. Il a déclaré que ces manifestations représentaient “le bilan le plus lourd que le système scolaire ait connu depuis des décennies”, relève le magazine américain. Il a précisé qu’au moins 215 adolescents et 85 membres du personnel éducatif avaient été blessés lors des affrontements, et plus de 700 policiers l’avaient également été. “Brûler un lycée n’améliore pas la situation bâtimentaire des lycées”, “lyncher un professeur n’améliore pas le taux de remplacement des professeurs”, a-t-il dénoncé en accusant La France insoumise d’avoir “le projet politique de bordélisation du pays” d’ici l’élection présidentielle de 2027.
“Polycrise”
“Sébastien Lecornu a indiqué que le gouvernement avait entendu les revendications des manifestants et les prenait au sérieux”, écrit le New York Times. Le chef du gouvernement a par ailleurs annoncé mardi la suspension des cours dans les lycées, sur une demi-journée, entre mercredi et vendredi afin de permettre aux chefs d’établissement d’organiser un “temps de démocratie interne” avec les élèves. Le chef du gouvernement a aussi promis que “tout ce qu’on peut corriger” dans le dispositif d’orientation Parcoursup, critiqué par les lycéens, “nous le corrigerons”. Le président de la République, Emmanuel Macron, avait programmé un point avec plusieurs ministres en soirée.
Reste que le moment est “politiquement tendu”, en France, prévient le Washington Post. “La protestation prend de l’ampleur, exploitant la colère populaire face aux coupes budgétaires et à la hausse des prix”, sur fond de “débat passionné […] sur la manière de contenir une dette record”. Et “les différentes tempêtes risquent de converger à six mois d’une élection qui déterminera le successeur du président Emmanuel Macron, qui a effectué deux mandats, et l’orientation politique de la France, traditionnellement un pilier essentiel en Europe.”
Un “automne de mécontentement” s’est emparé du pays à l’approche de l’élection présidentielle, commente pour sa part le New York Times dans un autre article. Entre “les lycées barricadés, les fonctionnaires en grève, les ports bloqués, la dette galopante et la crainte d’une prise de pouvoir par l’extrême droite”, l’Hexagone “a soudainement été plongé dans la crise – non pas par un simple épisode de troubles, mais par une cascade de perturbations qui secouent les rues des villes, les salles de marché et les administrations publiques à travers tout le pays”. Le quotidien évoque une “polycrise française”, dont les manifestations lycéennes à l’échelle nationale “sont devenues l’expression la plus frappante”.
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