Le rachat du groupe de médias Warner Bros Discovery (WBD) par son concurrent Paramount Skydance a été suspendu, lundi 20 juillet, par une juge fédérale d’Oakland (Californie), saisie en référé, le temps d’examiner l’affaire au fond, selon un document versé au dossier et consulté par l’Agence France-Presse (AFP). Les procureurs de 12 Etats américains, emmenés par la Californie, contestent en justice cette prise de contrôle valorisant WBD à 110 milliards de dollars, dette comprise. Ils estiment que la combinaison des deux entreprises présenterait un risque pour la libre concurrence et les consommateurs.
Ces Etats « présentent des éléments solides selon lesquels la transaction va affaiblir la concurrence de manière substantielle », a écrit la juge Aracelli Martinez-Olguin dans sa décision. La magistrate a également estimé que le groupement des procureurs avait « démontré » que l’union des deux groupes « entraînerait des dommages irréversibles » si elle était mise en œuvre avant que le dossier ne soit tranché au fond.
L’opération, si elle était réalisée immédiatement, « serait difficile, sinon impossible, à dénouer, compte tenu de la consolidation opérationnelle, du partage d’informations sensibles et de la réaffectation ou du licenciement de certains employés », a estimé la juge Martinez-Olguin.
Une plainte « erronée »
« Il s’agit d’une première victoire cruciale dans notre affaire pour garantir que cette mégafusion ne voie jamais le jour », a déclaré le procureur général de Californie, Rob Bonta, dans un communiqué publié à la suite de la décision rendue lundi. « L’histoire montre ce qui se passe lorsque quelques personnes exercent un pouvoir considérable sur des marchés essentiels à la vie des Américains : moins d’opportunités pour un plus grand nombre, des produits et services de moins bonne qualité pour tous », a-t-il également souligné.
La suspension doit durer au moins quatorze jours, et peut être prolongée jusqu’à vingt-huit jours, accordant ainsi aux Etats qui contestent l’opération davantage de temps pour faire valoir leurs arguments devant les tribunaux.
Le tribunal a fixé au 3 août la date d’une audience concernant la demande d’injonction préliminaire des Etats, bien que ce calendrier puisse également être repoussé. Si cette demande était acceptée, la transaction serait bloquée pour une durée beaucoup plus longue.
Le rapprochement entre Warner et Paramount réunirait deux des cinq derniers studios historiques d’Hollywood, ainsi qu’une multitude de chaînes de télévision, de titres alimentant les catalogues de streaming et d’opérations d’information. Cela inclurait HBO Max (propriété de Warner), des franchises très appréciées des fans comme Harry Potter et même CNN, qui passerait sous l’égide de CBS (propriété de Paramount), ainsi que des films tels que Top Gun et le service de streaming Paramount+. Après cinq mois de bataille, Netflix avait fini par jeter l’éponge à la fin février, laissant le champ libre à Paramount Skydance.
Paramount n’a pas immédiatement commenté la décision rendue lundi. Mais la société, rachetée par Skydance l’année dernière à peine, s’est engagée à « défendre vigoureusement » son acquisition de Warner. Paramount avait auparavant qualifié la plainte des États d’« erronée tant sur le fond que sur la forme », affirmant qu’une fusion renforcerait au contraire la concurrence face à des rivaux plus importants du secteur du divertissement. Et elle a mis en avant les autorisations réglementaires que l’opération a reçues ailleurs, notamment de la part de l’administration du président Donald Trump, le mois dernier.