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Les candidatures se déclarent. Le renouvellement politique, lui, se fait toujours attendre

La séquence électorale entre, cette semaine, dans une phase nouvelle et décisive. Jeudi 11 septembre, à Pétion-Ville, les membres fondateurs de la plateforme REKONSILYE, venus des dix départements du pays et de la diaspora, ont désigné Gary Bodeau comme candidat officiel de leur formation à

Les candidatures se déclarent. Le renouvellement politique, lui, se fait toujours attendre
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15 septembre 2026
Les candidatures se déclarent. Le renouvellement politique, lui, se fait toujours attendre
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Les candidatures se déclarent. Le renouvellement politique, lui, se fait toujours attendre

  • by Rezo Nodwes
  • 15 septembre 2026
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La séquence électorale entre, cette semaine, dans une phase nouvelle et décisive. Jeudi 11 septembre, à Pétion-Ville, les membres fondateurs de la plateforme REKONSILYE, venus des dix départements du pays et de la diaspora, ont désigné Gary Bodeau comme candidat officiel de leur formation à la présidence, à l’issue de discussions décrites par les participants eux mêmes comme particulièrement animées. Le même jour, la plateforme VIKTWA désignait de son côté Wilner Joseph pour la même fonction. Quelques jours plus tôt, l’ancien Premier ministre Claude Joseph s’inscrivait publiquement comme électeur, un geste dont la portée symbolique n’échappe à personne dans un contexte préélectoral. Le Conseil électoral provisoire, de son côté, vient d’annoncer les modalités de dépôt des pièces et des déclarations de candidature.

Il faut saluer, avant toute réserve, ce que cette activation du champ politique représente en soi. Un pays qui n’a plus organisé d’élections depuis 2016, dont le Parlement est inactif depuis 2019 et qui ne compte plus aucun élu national depuis janvier 2023, voit enfin des formations politiques structurées désigner publiquement leurs candidats et se préparer à affronter le suffrage.

Par ailleurs, on se rappelle que les informations ont fait état de plus de huit millions de tentatives d’inscription d’adhérents rejetées par l’Office national d’identification, dont près de deux millions cinq cent mille pour tentative de fabrication de numéros d’identification. Que des plateformes parviennent, malgré ces dérives massives constatées par ailleurs, à se qualifier légitimement et à désigner des candidats selon des procédures internes assumées publiquement constitue, dans ce paysage, un signal qui mérite d’être noté.

Mais il faut, avec la même rigueur, s’interroger sur ce que révèle le profil des premières candidatures déclarées à ce stade. Gary Bodeau a présidé la Chambre des députés, l’une des fonctions les plus élevées de l’appareil politique haïtien avant la paralysie parlementaire. Il fait par ailleurs l’objet de sanctions administratives canadiennes, prises dans le cadre des mesures visant plusieurs anciens responsables haïtiens. Une sanction administrative ne constitue pas, il faut le préciser avec netteté, une condamnation pénale, et Gary Bodeau conserve pleinement le droit de se présenter devant les électeurs haïtiens s’il satisfait aux conditions légales prévues par le processus électoral. Mais un candidat à la magistrature suprême qui figure sur une liste de sanctions étrangères doit, en toute logique démocratique, s’expliquer publiquement et précisément sur les motifs de ces mesures, plutôt que de laisser cette question flotter dans le débat sans réponse construite.

Cette question dépasse d’ailleurs largement le cas individuel de ce candidat. Cette chronique documentait, le 17 juillet dernier, le retour en Haïti de l’ancien président Michel Martelly, lui même visé simultanément par des sanctions américaines, canadiennes et européennes, et l’absence de toute clarification judiciaire nationale sur les accusations qui l’entourent. Elle soulignait alors qu’un pays souhaitant réellement tourner la page de la capture criminelle de ses institutions ne pouvait se permettre une indifférence sélective à l’égard de ses figures les plus contestées. Le débat qui s’ouvre aujourd’hui autour des premières candidatures présidentielles pose exactement la même question, sous une forme électorale cette fois. Le scrutin du 13 décembre offrira t il réellement au peuple haïtien un renouvellement de son personnel politique, ou verra t il défiler, sous des bannières et des sigles nouveaux, les mêmes figures ayant déjà occupé les sommets de l’État pendant les années qui ont précisément mené le pays à l’effondrement actuel ?

Il serait injuste et démocratiquement dangereux de disqualifier a priori toute personnalité ayant déjà exercé des responsabilités publiques. L’expérience institutionnelle constitue, dans un pays dont les structures étatiques ont été si profondément fragilisées, une ressource qu’il serait absurde de rejeter par principe. La véritable exigence démocratique ne porte pas sur l’interdiction faite aux anciens responsables de se représenter, mais sur la qualité du débat public qui accompagnera leur candidature. Les électeurs haïtiens doivent pouvoir interroger chaque candidat sur son bilan précis, sur sa position face aux accusations éventuelles qui le visent, et sur ce qui distingue concrètement son projet des politiques ayant conduit à la situation que cette chronique documente, semaine après semaine, depuis le mois de juillet.

C’est là que la faiblesse structurelle du processus en cours se révèle avec le plus d’acuité. Un débat démocratique exigeant suppose une presse libre de travailler en sécurité, des électeurs suffisamment nombreux et informés pour peser réellement, et des institutions électorales capables d’arbitrer sans partialité. On n’a de cesse de dénoncer entre autres, un rythme d’inscription électorale très en deçà des objectifs, un remaniement de la présidence du CEP à trois mois du scrutin, la dispersion au gaz lacrymogène d’une manifestation pacifique. Chacun de ces éléments réduit, à sa manière, l’espace dans lequel ce débat démocratique exigeant pourrait se déployer.

Les candidats commencent à se déclarer. C’est une bonne nouvelle pour un pays privé d’élections depuis dix ans. Mais une élection ne vaut que par la qualité du choix qu’elle offre réellement aux électeurs. Il appartient désormais à la presse haïtienne, aux organisations de la société civile et aux électeurs eux mêmes d’exiger de chaque candidat déclaré, quel que soit son parcours, les réponses précises que cette période préélectorale doit permettre d’obtenir. Faute de quoi le 13 décembre ne produira qu’une alternance de visages, là où le pays attend, depuis dix ans, un véritable changement de trajectoire.

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