Les habitants de l’île de Nevis, un paisible morceau de terre des Caraïbes orientales, sont prêts à en découdre. L’an dernier, Olivier Janssens, un cryptomilliardaire belge qui a obtenu la citoyenneté locale grâce à ses investissements, a surpris ses 13 000 compatriotes insulaires en annonçant la construction d’une énorme enclave futuriste. Le projet Destiny, s’il est approuvé, couvrira un dixième de la superficie de l’île et accueillera 10 000 nouveaux résidents. L’enclave, qui aura sa propre monnaie et ses propres tribunaux, a été décrite par son fondateur comme le “Monaco-Dubaï des Caraïbes”. “Il faut être dingue”, réagit Glendale Herbert, de la Nevis Community Foundation [une organisation de la société civile opposée au projet].

Ces dix dernières années, les Caraïbes sont devenues une véritable Mecque pour les enclaves libertariennes. On y trouve toute une constellation de ces “juridictions spéciales”, des “villes à charte” (charter cities) aux collectifs fondés sur la blockchain. “C’est dans cette région que sont menées les expériences les plus audacieuses”, affirme Vera Kichanova, de la Free Cities Foundation, un groupe de réflexion américain. Les promoteurs sont généralement des excentriques et des tech bros originaires de pays occidentaux, fuyant la bureaucratie et les d