L’administration climatosceptique de Donald Trump a abrogé, lundi 14 septembre, des limites d’émissions polluantes des centrales électriques. En brûlant toujours plus de charbon et de gaz pour produire de l’électricité, il s’agit ainsi d’un nouveau coup dur porté aux réglementations visant à lutter contre le changement climatique.
La mesure, annoncée à l’occasion de la réunion des ministres de l’énergie du G20 à Houston (Texas), enterre non seulement des règles de décarbonation adoptées en 2024 sous la présidence de Joe Biden, mais elle va encore plus loin, en proposant d’empêcher toute future réglementation dans ce domaine. Le secteur énergétique représente près d’un quart des émissions de gaz à effet de serre des Etats-Unis, premier pollueur historique de la planète.
« Pendant plus de quinze ans, les administrations Obama et Biden ont mené une guerre contre le charbon afin de détruire une source d’énergie fiable et abordable, a décrit le patron de l’Agence de protection de l’environnement (EPA), Lee Zeldin, cité dans un communiqué. L’administration Trump entend protéger le secteur énergétique américain et faire en sorte que les ménages puissent continuer à s’éclairer à un coût abordable. »
« Aujourd’hui, nous supprimons les lourdeurs bureaucratiques afin de mettre en œuvre la plus vaste opération de déréglementation jamais engagée dans le secteur de l’électricité, a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse. Sous l’administration Trump, l’EPA ne tordra en aucun cas la loi pour céder à l’alarmisme ou au radicalisme climatiques », a-t-il dit, accusant la presse d’essayer d’« effrayer » le public sur ce sujet.
Ce détricotage réglementaire – dénoncé par les associations de protection de l’environnement – survient alors que le pays a connu l’été le plus chaud de son histoire et fait face à une vaste sécheresse. Parallèlement, la demande d’électricité explose aux Etats-Unis avec le développement de l’intelligence artificielle (IA), qui a besoin de centres de données énergivores. Déréguler permettra de « libérer le plein potentiel énergétique » américain, selon M. Zeldin, qui table sur des économies se chiffrant en centaines de milliards de dollars, un calcul contesté.
Les dirigeants américains « renforcent les profits de l’industrie des énergies fossiles et font complètement fi de la santé et du bien-être de la population », a réagi auprès de l’Agence France-Presse (AFP) Rachel Cleetus, de l’association Union of Concerned Scientists. « L’EPA a complètement renoncé à sa mission, et elle le fait d’une manière cruelle. Elle s’en vante même avec jubilation », a-t-elle ajouté.
« Cadeau flagrant aux pollueurs »
Dans un briefing aux journalistes, l’EPA a assuré que la décision portait exclusivement sur les gaz à effet de serre et qu’elle continuerait de réguler les rejets d’autres substances. L’administration Trump avait annoncé à l’été 2025 sa volonté de lever ces limites d’émissions polluantes, expliquant qu’elles étaient trop coûteuses et entravaient le développement énergétique du pays. Plus de 200 soignants et experts avaient alors adressé une lettre au chef de l’EPA pour exprimer leur « vive inquiétude » face à ce « cadeau flagrant aux pollueurs ».
Meredith Hankins, juriste au sein de l’organisation environnementale NRDC, a assuré voir des « contradictions » dans le raisonnement des responsables américains. « J’ai donc hâte de les rencontrer devant les tribunaux ». D’autres associations ont aussi annoncé leur intention de porter l’affaire en justice. L’EPA a estimé que les objectifs de réductions d’émissions fixés par le « Clean Air Act » de Joe Biden étaient impossibles à tenir.
L’agence avance aussi un argument juridique selon lequel elle n’aurait tout simplement pas le pouvoir de réglementer les émissions de gaz à effet de serre dans le secteur de l’électricité. Même si c’était le cas, une telle mesure serait vaine car elle ne permettrait pas de lutter efficacement contre le changement climatique mondial, assure aussi l’EPA.
Le secteur électrique américain est pourtant l’un des principaux acteurs mondiaux du réchauffement climatique. S’il était considéré comme un pays, il serait le sixième plus important pollueur mondial, concluait en 2025 une analyse du groupe de réflexion américain Institute for Policy Integrity.
La même année, les centrales à gaz naturel représentaient 41 % de la production totale électrique des Etats-Unis, et celles à charbon 17 %, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie.
Grand défenseur du pétrole et du charbon, Donald Trump fait depuis son retour à la Maison Blanche marche arrière toute en matière de climat, sortant une nouvelle fois les Etats-Unis, première puissance mondiale, de l’accord de Paris et démantelant de nombreuses normes environnementales.
Début 2026, le républicain est même allé plus loin en abrogeant le texte servant de fondement à la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre, un revirement majeur contre lequel s’opposaient les scientifiques et les défenseurs de l’environnement.