Du 8 au 11 octobre, trois des six principaux centres de données de Yandex, l’équivalent russe de Google, ont été touchés par des drones ukrainiens. Selon Vedomosti, quotidien économique russe, les pannes ont touché “pratiquement tout l’écosystème” du géant numérique russe. Des taxis aux paiements en ligne, en passant par les livraisons, les services de streaming, les outils de l’intelligence artificielle (IA), sans épargner les supermarchés et les sites Internet, c’est tout un pan de la vie quotidienne des Russes qui est perturbé par les bombardements ukrainiens.

Si certains services ont repris, d’autres restent instables. Selon le journal économique Kommersant, qui cite des sources du secteur technologique, le remplacement d’une partie des équipements endommagés pourrait prendre jusqu’à six mois.

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“Les centres de données se sont révélés être le talon d’Achille du Runet [l’Internet russe]”, constate le journal indépendant Novaïa Gazeta. Cet “Internet souverain est à l’agonie”, ajoute le titre. Car ces infrastructures cruciales font tourner une large part de l’économie numérique.

Milliards de roubles

Cette paralysie a un coût considérable qui pourrait peser lourdement sur le pays. Leonid Konik, le directeur général de ComNews Group, entreprise spécialisée dans les télécommunications, évalue dans Vedomosti “à environ 4 milliards de roubles”, soit plusieurs dizaines de millions d’euros, le chiffre d’affaires correspondant à une journée d’arrêt complet de Yandex. “Un plafond théorique”, précise-t-il, puisque les pannes n’ont été que partielles. Or, dans les grandes villes, “80 à 95 % des commandes [de services]” sont hébergées par Yandex, souligne l’expert en transformation numérique Sergueï Koudriachov dans le même journal, rappelant qu’une journée d’interruption se chiffrerait en “milliards de roubles”.

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Pour les autoentrepreneurs, une panne prolongée de Yandex serait un problème majeur. C’est l’avertissement que lance, dans le média indépendant russophone Vot Tak, une source anonyme liée à T-Bank, une grande banque en ligne qui compte 56 millions de clients en Russie − dont de nombreux travailleurs indépendants.

“Plus de la moitié sont chauffeurs de taxi, coursiers ou livreurs et sont dépendants du système Yandex. Si cette situation perdure, tous ces gens perdront leur travail.”

“Il s’est avéré que les données de notre site se trouvaient dans un centre de données qui n’existe plus”, raconte à la déclinaison radio de Kommersant Egor Sartakov, fondateur de la plateforme de conférences Lumoss. Yandex lui a annoncé un rétablissement complet “prévu pour 2029” sans garantir la sauvegarde des fichiers. “Je ne peux plus savoir combien de billets ont été vendus pour chaque conférence”, témoigne-t-il. Dans les pages de Forbes Russie, un patron de marque de vêtements estime sa perte à “20 % du chiffre d’affaires prévu” à cause des perturbations de ses livraisons et sur son site Internet.

C’est dans ce contexte que Vladimir Poutine a abordé le sujet, le 15 octobre, face à l’organisation panrusse d’entrepreneurs Delovaïa Rossia, rapporte le média indépendant Agentstvo. Minimisant les pannes en Russie, le président russe assure déjà répliquer en frappant les infrastructures ukrainiennes : “Ils ont fait le premier pas, nous avons répondu, et maintenant ils couinent pour leur énergie et leurs centres de données. Ils ont commencé, ils n’auraient jamais dû.”