Au fil des semaines, le monde ne cesse d’éprouver la sévérité de ce qui constitue déjà l’une des plus graves crises énergétiques de son histoire. Le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie, Fatih Birol, estime depuis des mois que l’actuelle désorganisation des approvisionnements en hydrocarbures est plus sérieuse que lors des chocs pétroliers de 1973 et de 1979. Des pénuries ne sont malheureusement plus à exclure si cette crise s’éternise. Elle ne se limite par ailleurs pas à l’essence et au diesel mais touche également le secteur des engrais et celui de la pétrochimie.
Comme l’a montré l’intervention télévisée du président de la République, Emmanuel Macron, jeudi 24 septembre, de l’Asie, qui est sévèrement touchée, au Vieux Continent, les gouvernements sont partout sommés d’y répondre en fonction des moyens qui sont les leurs. Même si la France peut compter sur son parc nucléaire pour la production d’électricité, l’état de ses finances publiques ne lui permet pas d’accompagner les consommateurs aussi bien que certains de ses voisins européens.
Cette hausse drastique du prix des carburants, qui pèse évidemment sur le pouvoir d’achat, nourrit une colère que M. Macron a jugée « normale ». Cette colère, cependant, ne doit pas occulter le fait que le responsable de cette situation ne se trouve pas à Paris, à Rome ou à Berlin, mais à Washington.
La décision hasardeuse de Donald Trump d’attaquer l’Iran le 28 février, prise de concert avec le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a enclenché le mécanisme qui a conduit au blocage du détroit d’Ormuz par le régime iranien. Les menaces que les rebelles houthistes font désormais peser sur l’autre passage stratégique du Moyen-Orient, le détroit de Bab Al-Mandab, sont la conséquence de cette guerre que la première armée du monde s’est montrée incapable de remporter jusqu’à présent.
Non content d’avoir provoqué cette catastrophe, le locataire de la Maison Blanche n’exclut pas désormais de l’aggraver en évoquant une interdiction des exportations du diesel produit aux Etats-Unis, dans l’espoir de faire baisser les prix à la veille de délicates élections de mi-mandat. Les premiers touchés seraient les pays européens.
L’impasse à laquelle a abouti cette guerre contre l’Iran est renforcée par un autre conflit, celui ayant lieu en Ukraine, qui ne peut être imputé qu’à un autre homme, le président russe, Vladimir Poutine. C’est parce que l’agresseur se montre incapable de briser la résistance des Ukrainiens dans le Donbass qu’il s’est engagé dans une guerre contre les villes dévastatrice. En représailles, Kiev s’est résolu à pilonner les infrastructures de la Russie, notamment les sites énergétiques, au point de la contraindre à importer des hydrocarbures pour éviter des pénuries.
Il est regrettable qu’en France un candidat à l’élection présidentielle de 2027 puisse imaginer jeter le blâme sur l’Ukraine en estimant que sa riposte, notamment contre la ville de Moscou, est la cause, et non la conséquence, de l’escalade en cours. « Qui peut imaginer qu’un pays laisse sa propre capitale être attaquée et n’apporte aucune réponse à une situation pareille », a ainsi déclaré le candidat de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, tout en renvoyant Vladimir Poutine à son rôle d’envahisseur pour tenter d’expliquer une menace russe grandissante. Les Ukrainiens ne diraient pas mieux, eux qui subissent des bombardements russes indiscriminés depuis maintenant plusieurs années.