Le Hezbollah a reconnu, jeudi 15 octobre, dans un rare aveu, qu’une cargaison d’une demi-tonne d’explosifs, saisie la semaine dernière par les autorités libanaises, lui appartenait, affirmant qu’ils étaient destinés à la « résistance » contre Israël.
Les explosifs avaient été saisis sur la route reliant l’est du pays, frontalier de la Syrie, à Beyrouth. Le groupe pro-iranien, qui a mené deux conflits contre Israël depuis 2023, n’a plus revendiqué d’attaques depuis un dernier cessez-le-feu en juin. Mais cette formation, la seule à avoir gardé ses armes au sortir de la guerre civile en 1990, s’oppose à la décision des autorités de le désarmer.
« Le véhicule et sa cargaison appartiennent à la résistance » contre Israël, a déclaré le député du Hezbollah Hassan Fadlallah. Il a ajouté que le mouvement avait demandé « la libération immédiate des personnes interpellées » et « la restitution du véhicule et de son contenu », car il s’agit de « capacités » que le parti utilise contre Israël.
Une source judiciaire avait affirmé à l’Agence France-Presse (AFP) que le véhicule saisi transportait 250 kg de TNT et 250 kg de C4, un explosif très puissant. Sous la pression internationale, en particulier américaine, le Liban a élaboré un plan pour désarmer le Hezbollah, et des négociations entamées entre Israël et le Liban sous parrainage américain ont abouti à la conclusion d’un accord-cadre fin juin.
« Aucune indulgence envers les auteurs »
Le secrétaire d’Etat américain, Marco Rubio, lors d’un appel avec le président libanais, Joseph Aoun, a affirmé qu’il était « hors de question de restituer les explosifs au Hezbollah ». « Il a exhorté le président Aoun à demander des comptes à tous ceux qui ont ordonné, financé et dirigé cette livraison, et a souligné qu’il devrait être hors de question de restituer les explosifs au Hezbollah », a dit un responsable américain à des journalistes, sous couvert d’anonymat.
Le président libanais, Joseph Aoun, a de son côté assuré à M. Rubio que « l’armée et les forces de sécurité remplissaient pleinement leurs devoirs dans l’application des décisions relatives à l’interdiction des manifestations armées, la saisie des armes et munitions et la lutte contre la contrebande ». « Les mesures prises au cours des derniers jours s’inscrivent dans ce cadre » et « il n’y aura aucune indulgence envers les auteurs », a-t-il ajouté, selon un communiqué de la présidence.
Lors de l’annonce de la saisie, le premier ministre, Nawaf Salam, avait promis la « fermeté » contre « toutes les personnes impliquées dans cette opération criminelle et leurs commanditaires ».
« Faire pression sur Israël »
Cet aveu du Hezbollah constitue un nouveau rejet de la décision d’août 2025 des autorités libanaises de charger l’armée de désarmer le Hezbollah. « Cela place le gouvernement libanais dans une position extrêmement difficile », ajoute M. Bitar.
Dans son appel avec M. Rubio, le président lui a aussi demandé « de faire pression sur Israël afin de mettre un terme à [ses] agressions » dans le sud du Liban, a ajouté la présidence, alors que la mise en œuvre de l’accord-cadre, qui prévoit un retrait graduel d’Israël du sud et le désarmement du Hezbollah, piétine.
La formation pro-iranienne, qui dominait la vie politique au Liban, a été affaiblie par ses deux derniers conflits avec Israël, le premier en 2023 en appui au Hamas palestinien, et le deuxième déclenché en mars 2026 en soutien à l’Iran. Avant le cessez-le-feu de juin, le Hezbollah menait régulièrement des attaques au moyen de drones FPV à fibre optique, sur lesquels sont placées des charges explosives.
La chute du régime de Bachar Al-Assad en Syrie, son allié, a par ailleurs coupé ses routes d’approvisionnement en armes, depuis l’Iran à travers l’Irak. Depuis, le Liban et la Syrie voisine s’emploient à éradiquer la contrebande terrestre. L’armée libanaise a saisi deux autres cargaisons d’explosifs depuis le début du mois près de la frontière avec la Syrie.