Depuis que j’ai l’âge légal d’en boire, j’adore la bière (depuis bien plus longtemps, à vrai dire). Après plus de quarante ans, j’en veux pour preuve la circonférence de mon tour de ventre. Ces temps-ci, je constate toutefois avec tristesse que, dans les rares pubs survivants, ceux qui n’ont pas baissé le rideau ou n’ont pas été remplacés par des cafés branchouilles, des salles de sport ou des studios de pilates, l’atmosphère se prête peu à la dégustation contemplative d’une pinte.

Bien sûr, il existe encore une foule de merveilleux pubs anglais. Mais il se trouve aussi un excédent d’établissements minables, souvent installés dans des centres-villes sans âme et qui, le week-end, semblent tout à coup se peupler d’une masse éhontée, vulgaire et bagarreuse toute entière concentrée sur une unique mission dénuée du moindre charme : celle de boire, boire, boire jusqu’à plus soif.

C’est donc animé d’une volonté de consommer avec modération*, désormais mieux adaptée à ma cinquantaine bien campée, que j’ai embarqué dans l’Eurostar, à Londres, pour un voyage de quatre-vingt-deux minutes à destination de Lille, la “capitale française de la bière” – à signaler, d’ailleurs, l’excellente bière artisanale servie à bord, Pain de Minuit, fabriquée dans une brasserie des environs de Lille à parti