Expatriation signifie presque toujours éloignement familial. Deux articles vont à l’encontre du récit habituel de l’expatriation heureuse. Le site américain Business Insider revient sur un couple rentré aux États-Unis après avoir compris que l’éloignement géographique coûtait plus cher socialement que ce qu’il rapportait. Originaires du Montana, Rachel Pohl et Charles Post se sont installés il y a quatre ans et demi dans un village de 20 habitants dans les îles Lofoten, en Norvège, et ont finalement décidé de rentrer dans leur pays. En effet, ce qui était un rêve pour eux s’est avéré plus difficile que prévu. Il y a les dépenses courantes beaucoup plus élevées, les distances à parcourir, la barrière de la langue, mais “ce n’est ni le prix de l’essence ni le confort qui les a finalement ramenés aux États-Unis : c’est le sens de la communauté”. Le couple a manqué les fêtes de famille, a dû vivre un deuil à distance, et recevait moins d’appels à cause du décalage horaire. Charles Post avait l’impression de “regarder [ses] parents vieillir par smartphone interposé”.
Cette semaine, nos articles sont
dans l’application
The Sydney Morning Herald dresse à l’inverse le portrait d’une expatriée qui a choisi de rester loin malgré la maladie de son père, et doit assumer la culpabilité qui accompagne ce choix. Amy Molloy est une journaliste britannique installée en Australie depuis quinze ans. Elle raconte le cancer de son père, qui vit au Royaume-Uni, à 17 000 kilomètres d’elle, soit à vingt-quatre heures de vol. “Chaque expatrié a déjà calculé le coût de son installation. Dans la ville côtière du sud de la Nouvelle-Galles du Sud, où je vis, je profite du rêve australien : surfer avec mes enfants avant l’école, écrire dans les cafés en bord de mer, gagner un salaire qui me paraissait impossible en Angleterre. Mais après un certain âge les inconvénients s’accentuent”, écrit-elle. Au-delà de son cas, elle évoque le dilemme des enfants d’expatriés face à la distance en cas de coup dur familial. Elle a fait le choix de ne pas rentrer, et cite l’autrice Casey Beros sur l’art d’être “aidant à distance”. Casey Beros donne des conseils pour maintenir le lien, pour aider les aidants sur place, mais souligne qu’“il n’y a pas de bonne décision”.
À travers ces deux témoignages, on voit que la distance devient un calcul permanent : chaque expatrié fait, à un moment donné, le bilan des avantages et des inconvénients liés à son éloignement, et ce bilan change selon l’évolution de l’âge des parents, de la santé et des urgences familiales. Et la décision de rester ou de rentrer se traduit en culpabilité ou en regrets.
Comment s'occuper d'un parent malade à distance
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