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Magali Bessone, philosophe : « Le droit est mal armé pour penser des injustices historiques dont les effets sont encore actifs »

Dans « Ce que nous devons à Haïti », la philosophe se penche sur la notion de réparation à partir du cas de ce pays marqué par la traite, l’esclavage et la colonisation de la France. La justice réparatrice ne peut pas se contenter d’indemniser, explique-t-elle dans un entretien au « Mon

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Magali Bessone, philosophe : « Le droit est mal armé pour penser des injustices historiques dont les effets sont encore actifs »

Propos recueillis par Julie Clarini
Publié aujourd’hui à 06h30

Temps de Lecture 6 min.

Fin août, pendant la 15e édition du festival La Manufacture d’idées, qui rassemble chaque année à Hurigny (Saône-et-Loire) des intellectuels de haut vol, Magali Bessone était invitée à parler de son livre paru en août, Ce que nous devons à Haïti (La Découverte, 200 pages, 21 euros). La professeure de philosophie à Paris-I Panthéon-Sorbonne a livré, devant un public captivé par son dialogue avec le géographe haïtien Jean-Marie Théodat, un aperçu des réflexions qu’elle y mène sur la question des réparations. Le Monde a recueilli sur place les pistes qu’ouvre cette spécialiste de la justice redistributive et réparatrice et de la question raciale. Elles sont une brèche pour penser un avenir du monde plus digne et plus égalitaire.

Comment commence-t-on à s’intéresser à Haïti quand on est une philosophe ?

Depuis que j’ai commencé à étudier la philosophie, mon inquiétude constante est celle de la justice. Comment construire une société juste ? J’en suis arrivée à penser que cette question obligeait à prendre en compte notre histoire, et en particulier notre histoire coloniale : comment pouvons-nous réparer les injustices de l’histoire, les crimes contre l’humanité que sont la traite et l’esclavage, qui ont produit des effets durables et structurels ? Cela m’a amené à un premier travail, dont est issu le livre Faire justice de l’irréparable [Vrin, 2019] : je partais des procès intentés par plusieurs associations ultramarines depuis 2005 contre l’Etat français au titre du préjudice lié à la traite et à l’esclavage coloniaux.

Un jour, je présentais ce livre, à Bahia, au Brésil, quand une postdoctorante dans l’assistance m’a interpellée : « Pourquoi ne parlez-vous pas de Haïti dans votre livre, si votre ambition est de penser la responsabilité française pour les injustices de l’histoire ? » Elle avait raison : j’avais « oublié » Haïti, l’ancienne colonie de Saint-Domingue. J’ai compris qu’il fallait élargir le cadre et saisir la France à l’intérieur d’un espace international où de nombreux Etats aujourd’hui indépendants sont les héritiers de l’histoire coloniale française. Et la relation entre la France et Haïti, la « perle des Antilles » qui est devenue – c’est une espèce d’épithète homérique désormais collée à Haïti − « le pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental », m’a semblé paradigmatique de la responsabilité coloniale.

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