Maricarmen Abascal avait 17 ans lorsque, en 1956, elle a emménagé dans l’appartement loué par ses parents dans le quartier du Retiro, à Madrid, raconte El País. “Elle y a vécu toute sa vie et comptait y passer ses vieux jours”, ajoute le journal de centre gauche espagnol. Ce mercredi 23 septembre, cette ex-employée administrative à la retraite, en situation de handicap, a pourtant dû emballer tous ses souvenirs et quitter son domicile, écœurée et “contrainte par une décision judiciaire”, précise El País.
Les images de son évacuation sur une civière par la police, sous les yeux d’une foule en colère, ont indigné toute l’Espagne. “C’est bien plus qu’une simple expulsion”, se lamente le site de gauche InfoLibre :
“C’est le symbole de tout ce qui ne va pas, de tout ce qui est brisé et faussé sur le marché et dans les politiques du logement [en Espagne].”
Comment la situation a-t-elle pu en arriver là ? La famille Abascal s’est installée dans ce logement pendant le franquisme, époque à laquelle “les femmes n’étaient pas autorisées à signer des contrats de location”, contextualise El País. À la mort du père de Maricarmen, le bail a été transféré à sa mère. Maricarmen a ensuite bénéficié de la subrogation (une opération qui, dans une relation de droit, permet de remplacer une personne par une autre) à la mort de cette dernière, en 2005. Depuis, elle continuait de payer un loyer défini par les termes du bail hérité de ses parents, “qui s’élevait ces dernières années à environ 500 euros [par mois]”, note le quotidien madrilène. Un montant bien en deçà des prix du marché dans son quartier.
“C’est un drame”
Or d’après la loi espagnole, les baux de ce type ne peuvent être subrogés à deux reprises. Aussi, le fonds d’investissement Urbangestión, qui a racheté l’immeuble où vivait l’octogénaire, a profité de cette “faille juridique” pour contester le bail, déroule El País. Il a d’abord réclamé un loyer de 2 650 euros par mois, réduit plus tard à 1 650 euros. Un montant “insoutenable” pour Maricarmen, qui touche une retraite d’environ 1 300 euros par mois, relaye le journal centriste La Vanguardia.
Malgré plusieurs recours devant les tribunaux, la justice a tranché en faveur des propriétaires de l’immeuble. “C’est un drame” de voir Maricarmen quitter de force sa maison, soupire le quotidien conservateur ABC, avant de se faire l’avocat du diable : d’une part, répète-t-il, la retraitée a payé un loyer bien inférieur à celui du marché pendant des années. D’autre part, la loi – appliquée ici à la lettre – “ne peut pas s’adapter à la petite histoire de chacun”, poursuit-il, un brin cynique.
“Cette expulsion a bien trop de coupables”, lâche de son côté InfoLibre. Le média pointe du doigt le “fonds vautour” qui a “chassé” Maricarmen de chez elle ; “l’absence de réglementation” pour empêcher un tel cas de figure ; la “lenteur” des gouvernements successifs du Premier ministre socialiste, Pedro Sánchez, qui n’a pas suffisamment légiféré sur la question du logement depuis son arrivée au pouvoir, en 2018 ; et enfin la mairie et la région de Madrid, dirigées par le PP (droite), accusées de ne pas avoir trouvé une solution de repli convenable aux yeux de Maricarmen.
Selon la presse espagnole, l’octogénaire, épuisée par l’anxiété et le stress liés à son expulsion, a passé la nuit du 23 au 24 septembre dans un hôpital de Madrid. Elle pourrait ensuite habiter temporairement chez un cousin à Ségovie, à plus d’une heure de route de son appartement de toujours.
Enfant indigne, je te déshérite !
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