Le roi Mohammed VI a rarement connu pire réquisitoire contre son règne que la fête du Trône, ce 30 juillet. Le cortège du souverain marocain a quitté sa demeure balnéaire de M’diq [ville côtière sur la Méditerranée, à une trentaine de kilomètres de Ceuta] et filé sur une autoroute désertée pour rejoindre une cérémonie où des membres de l’élite étaient venus lui faire le baisemain.

Les pauvres ont pris la direction inverse et afflué vers Ceuta, l’enclave espagnole située à une trentaine de kilomètres, après avoir lu sur Internet que les portes de l’Europe s’étaient ouvertes. Plus de 70 000 personnes, marocaines pour la plupart, ont risqué leur vie pour quitter le royaume de Mohammed VI. Une centaine d’entre elles sont mortes en tentant de fuir.

Une société civile muselée

Sur le papier, le royaume de Mohammed VI est l’un des rares modèles arabes de stabilité et de modernisation. On y trouve une industrie automobile florissante, un réseau de lignes à grande vitesse en expansion et le plus grand port de la Méditerranée [Tanger Med]. Le royaume attire les investissements étrangers, entretient d’étroites relations avec l’Europe et les États-Unis, et développe une industrie de l’armement grâce à ses liens avec Israël. Cette monarchie est en place depuis quatre siècles. La succession es