Soudain contraints d’assister à un événement aussi gigantesque qu’horrifiant, il nous faut lutter pour ne pas le ramener à notre propre petitesse. Vue depuis un appartement au dixième étage d’un immeuble sur Brooklyn Heights, où je rendais par hasard visite à des proches, la destruction des tours jumelles du World Trade Center revêtit pour moi la même intimité factice que la télévision un jour où la réception aurait été idéale.

Une petite fille de 4 ans et sa baby-sitter nous appelèrent depuis la bibliothèque, le doigt pointé vers la cime fumante de la tour nord, à un peu plus d’un kilomètre de là. Au premier coup d’œil, le spectacle nous parut plus étrange qu’abominable : de la fumée parsemée de bouts de papier montait en volutes vers un ciel sans nuages, tandis que de curieuses coulées d’encre dégoulinaient le long des stries verticales du géant.

Le World Trade Center avait servi d’arrière-plan diffus à notre panorama de Manhattan depuis Brooklyn. Nous ne l’aimions guère, contrairement aux flèches de pierre des gratte-ciel des années 30 qu’il avait réduites au rang de naines, mais il avait sous certains éclairages une certaine beauté, avec sa combinaison pré-postmoderne d’immensité incontournable et de vacuité architecturale.

Quand nous vîmes la deuxième tour vomir une bulle d