En cette canicule infernale, je me plonge dans Nous vivions dans un pays d’été, une dystopie climatique publiée en 2020 par l’autrice américaine Lydia Millet [A Children’s Bible, publié en français en 2021 par Les Escales] : après une tempête dévastatrice, un groupe d’enfants doit survivre. J’aurais préféré lire une utopie contemporaine, mais je n’en ai pas sous la main. Par les temps qui courent, on ne publie presque que des romans dystopiques. Qu’est-il advenu de nos utopies, en ces temps où les technologies s’emballent ?

Le terme “utopie”, on le sait, est né sous la plume de Thomas More : sur une île isolée, le roi Utopos semble avoir bâti une société idéale. Dans le roman, More commence par dépeindre les problèmes de son époque : pénuries, pauvreté, criminalité, absence de participation du peuple à la vie politique. Par chance, sur l’île d’Utopie, tous ces problèmes sont résolus. Cette foi en la possibilité de maîtriser le monde est propre à la modernité qui émerge aux XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, nous explique Hannah Arendt.

La philosophe distingue trois types d’activités humaines. Tout d’abord, l’être humain est un animal laborans : il travaille, il exécute des activités cycliques pour survivre, comme récolter de quoi se nourrir. Mais il est également homo faber : il fabrique,