Planisphère [1]. Que nous apprend la géopolitique des GAFAM ? Avec Julien Nocetti
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Les Gafam, leviers de la puissance américaine
Les États-Unis entretiennent une relation symbiotique avec les Gafam et d’autres acteurs technologiques émergents, les utilisant comme des instruments de projection de leur puissance. Initialement, de la fin des années 1990 au milieu des années 2010, ces entreprises ont servi la diplomatie publique et le soft power américain, favorisant l’influence et l’ouverture des marchés à l’export.
Cependant, un tournant s’opère au milieu des années 2010. Les révélations de l’ancien contractuel de la National Security Agency (NSA) [2], Edward Snowden, ont porté un coup à l’exportation de la puissance américaine, tandis que les limites de la démocratisation par les réseaux sociaux sont apparues après les Printemps arabes (2011). Ces plateformes ont également commencé à être utilisées par des régimes ou partis hostiles aux États-Unis, comme l’a démontré l’ascension politique de Donald Trump. Précédemment, l’administration Obama a décomplexé le recours à l’exploitation des données pour reconfigurer la puissance économique américaine.
L’engagement des géants du numérique dans les conflits armés
Jusqu’à l’agression armée du territoire ukrainien par la Russie en 2022, les Gafam restaient discrets voire timorés vis-à-vis du hard power, comme en témoigne leur distance lors des conflits en Syrie ou au Myanmar. La guerre en Ukraine a marqué un changement radical, faisant de ces sociétés des « parties prenantes à part entière de conflits armés », selon Julien Nocetti.
Elles fournissent des capacités diverses à l’État ukrainien, notamment le stockage de données stratégiques et souveraines sur des serveurs contrôlés par Microsoft ou Amazon Web Services (AWS). Elles contribuent également au renseignement cyber sur la menace russe. Des acteurs comme SpaceX, avec son imagerie satellitaire, ou Palantir, permettent aux forces armées ukrainiennes d’exploiter le big data à des fins tactiques et opérationnelles sur le terrain.
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