Société. Pleurer la mort d’une célébrité, ou le “chagrin parasocial”
“Bien que les célébrités ne nous apparaissent que sur les écrans ou sur scène, de nombreuses personnes ont l’impression de les connaître personnellement en raison des répercussions substantielles qu’elles ont sur leur vie”, commente Time.
Dans un article consacré au deuil collectif, le magazine américain s’intéresse aux réactions provoquées par la mort successive de symboles culturels américains entre la fin d’août et le début de septembre.
La période a vu la disparition de l’icône de la musique country Dolly Parton (25 août), de l’acteur Tim Curry (25 août), de la journaliste féministe Gloria Steinem (2 septembre) ou encore du styliste star Bob Mackie (14 septembre).
Une période douloureuse pour leurs proches, pour la presse culturelle et pour leurs fans.
Comme l’analyse le magazine américain, ces morts provoquent une tristesse très semblable à celle que l’on peut ressentir quand un proche disparaît.
Ce type de relations est dit “parasocial”. “Selon la revue Current Opinion in Psychology, on parle aussi de ‘connexions socio-émotionnelles non réciproques’ avec des personnalités publiques et des célébrités”, détaille Time.
Mais les relations parasociales ne se limitent pas aux personnalités publiques, continue le magazine américain. Elles existent aussi dans le cadre d’événements catastrophiques.
À voir sans cesse des images des attentats du 11 Septembre ou de la crue au Népal se développe en nous un fort sentiment d’empathie, même sans que nous ayons été présents sur les lieux.
“Ça ne se limite pas à la mort de personnalités connues. Aujourd’hui, dans le milieu de la culture, nous assistons à l’intrication d’un deuil collectif et d’un phénomène psychologique appelé ‘chagrin parasocial’.”
La journaliste Lisa McCarty, dans le magazine Time
Comment surmonter un deuil qui n’est pas vraiment le nôtre ?
Time insiste : “Le chagrin parasocial peut avoir des effets nocifs sur la santé mentale.” Heureusement, ce deuil, encore plus qu’un deuil dit “normal”, se partage.
Et c’est pour cette raison qu’il est surmontable, notamment grâce à l’“effervescence collective”, un concept théorisé par le sociologue français Émile Durkheim.
“Ce concept porte sur les pratiques de deuil, les commémorations publiques et le récit commun, comme après la perte d’une célébrité. Cet ‘état intense d’émotion partagée et de sentiment d’unité’ peut aider les gens à se sentir reliés durablement à d’autres individus qui comprennent leur douleur.”
La journaliste Lisa McCarty, dans le magazine Time
À l’heure des réseaux sociaux, les monuments commémoratifs se trouvent en ligne, souligne Time : “Lorsqu’une célébrité meurt, il est devenu commun de publier un message sur les réseaux sociaux et d’engager la discussion dans les commentaires avec d’autres personnes en deuil. Les commentaires deviennent alors un lieu de mémoire public.”
Pas de panique, donc, si la mort de Dolly Parton, de Gloria Steinem ou plus récemment de Catherine Ringer vous ont particulièrement affectés.
Comme pour tout deuil, le plus important, c’est d’en parler. Time l’assure : “Parfois, le meilleur moyen de surmonter la perte est de se rassembler.”—
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