Une mère célibataire assise devant un immeuble résidentiel, sur fond de chantier. En une, l’hebdomadaire portugais Visão titre : “La bombe à retardement du logement”. Ana Cláudia, 39 ans, s’est déjà vu attribuer deux logements à loyer modéré. Mais son dossier s’est enlisé dans les méandres de la bureaucratie, entre justificatifs manquants et nouvelles exigences administratives. À la fin du mois, cette mère d’une fillette de 9 ans risque de se retrouver sans toit.

La crise du logement prend aussi une tournure explosive dans la rue. À Porto, plusieurs centaines de personnes ont manifesté mercredi 14 octobre contre la flambée des loyers, rapporte le Jornal de Notícias. Dans la nuit, une intervention policière contre leurs tentes a dégénéré. Le mouvement Acampada pela Habitação (“Campement pour le logement”) a déploré 37 blessés.

“Tempête parfaite”

Une mobilisation qui fait écho à celle du voisin espagnol, où l’expulsion le 23 septembre d’une octogénaire de Madrid, Maricarmen Abascal, a déclenché une vague de manifestations à travers le pays, relancée après sa mort le 7 octobre. La contestation a pris une telle ampleur en Espagne que le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez, mis en échec au Parlement sur ses mesures contre la crise du logement, a convoqué des élections législatives anticipées pour le 29 novembre.

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Pour Visão, la colère portugaise est le symptôme d’une crise profonde, née d’une “tempête parfaite” entre dérégulation du marché immobilier, spéculation et impuissance politique. À Lisbonne, louer un deux-pièces dans le centre-ville coûte désormais quasiment aussi cher qu’à Paris : 1 455 euros par mois en moyenne, contre 1 465 euros dans la capitale française.

Selon une étude de Deutsche Bank Research, citée par Visão, “le poids du crédit immobilier par rapport au salaire atteint 119 % à Lisbonne – autrement dit, un salaire entier ne suffit pas –, derrière Londres (127 %) seulement. À Paris, il représente 85 %, à Madrid 73 %, à Berlin 57 % et à Bruxelles 34 %.”

La pénurie frappe désormais les classes moyennes. Après l’effondrement de la construction pendant la crise financière, le Portugal ne construit qu’environ 30 000 logements par an, contre plus de 100 000 au début du siècle. Le parc public ne représente, lui, qu’environ 2 % des logements (1,7 % en Espagne).

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L’hebdomadaire souligne également les politiques favorables aux investisseurs étrangers et le manque d’encadrement des loyers. “Il existe une énorme résistance à la régulation”, observe la sociologue Sandra Marques Pereira, qui souligne pourtant qu’elle peut prendre des formes variées sans pénaliser aveuglément les propriétaires. Face à cette crise, prévient-elle, les tensions sociales risquent de “mettre en péril la survie même des gouvernements”. Pour Visão, c’est désormais la démocratie elle-même qui pourrait en payer le prix. Et pas seulement au Portugal.