Santé. Pourquoi cette hausse des diagnostics de TDAH chez les femmes ?
“Pour la première fois de sa vie, son cerveau s’est calmé.”
À 41 ans, Alex a reçu un diagnostic de TDAH (trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité). Comme Ashley Nicole Black, Greta Gerwig ou Paris Hilton, à qui on a posé ce diagnostic quand elles étaient déjà âgées d’une trentaine d’années.
“On a longtemps pensé que le trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité était une maladie infantile qui ne touchait que les garçons, écrit le magazine américain The Cut. Cependant, l’augmentation récente de diagnostics chez des femmes (parfois bien avancées dans l’âge adulte) nous amène à reconsidérer les choses.”
Entre 2020 et 2022, le nombre de femmes américaines âgées de 23 à 49 ans qui ont reçu un diagnostic de TDAH a presque doublé.
“Cette hausse des diagnostics chez les femmes est le résultat de facteurs à la fois scientifiques et culturels”, analyse The Cut.
Le trouble aujourd’hui connu sous le sigle “TDAH” a été intégré pour la première fois au Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM) en 1968, manuel qui a ensuite été mis à jour dans les années 1980 et 1990.
En 1994, pour recevoir un diagnostic de TDAH selon le DSM-IV (la 4e édition du DSM) les patients devaient présenter au moins six symptômes d’inattention (erreurs d’étourderie, difficultés de concentration…) ou six symptômes d’hyperactivité et d’impulsivité (agitation, logorrhée, réponses intempestives…)
Certains devaient être présents avant l’âge de 7 ans et perturber significativement le quotidien.
Le problème, c’est que de nombreux médecins privilégiaient le second groupe de symptômes, plus flagrants.
Or, la psychologue clinicienne Ellen B. Littman, citée par The Cut, se souvient avoir vu dans les années 1990 de nombreuses jeunes filles présentant des signes d’inattention, mais une hyperactivité et une impulsivité moins marquées.
En outre, ajoute le magazine, “par un mélange d’intelligence et de conditionnement social, les filles réussissaient à canaliser discrètement leur énergie, par exemple en s’arrachant les fourches des cheveux ou en faisant des gribouillis”.
Et “comme elles ne perturbaient pas la classe, les enseignants ne tiraient pas la sonnette d’alarme”.
Enfin, “chez beaucoup de filles (même celles qui étaient inattentives), les symptômes avaient commencé après l’âge de 7 ans, ce qui les rendait inéligibles au diagnostic de TDAH”.
Ce n’est qu’en 2013 que le changement des critères du TDAH introduit par le DSM-V a massivement ouvert la porte du diagnostic aux filles et aux femmes.
Les auteurs distinguent alors trois types : le TDAH à prédominance d’inattention, le TDAH à prédominance d’hyperactivité-impulsivité, et un mélange des deux (le TDAH mixte).
Ils ont également introduit la possibilité de préciser la sévérité. Pour la première fois, on pouvait parler de TDAH “léger”, “modéré” ou “sévère”.
“Plus important encore,le DSM-V fait passer l’âgedu début des symptômesde 7 à 12 ans, âge auquelils deviennent en généralévidents chez les filles.”
Le magazine américain The Cut
Les recherches sur les liens entre les hormones et le TDAH sont encore limitées.
Mais d’après la psychiatre Sandra Kooij, professeure à Amsterdam et fondatrice de l’European Network Adult ADHD, citée par The Cut, et d’autres médecins qui traitent des femmes atteintes de TDAH, “les fluctuations hormonales expliquent peut-être pourquoi des femmes qui ont longtemps excellé partent en vrille à l’âge mûr”.
“Il en va de mêmepour les femmes adulteslors des autres périodesde transition hormonale.Quand le niveau d’œstrogènesbaisse, en particulierpendant de longues périodes(après l’accouchementou pendant la périménopause,par exemple), celui dela dopamine diminue aussi,ce qui entraîne un désarroiprolongé.”
Le magazine américain The Cut
Aujourd’hui, la santé mentale en général et la neurodivergence en particulier sont moins stigmatisées – ce qui est une bonne nouvelle.
Mais “si la modification du DSM apporte un cadre plus concret à la manifestation du TDAH chez les femmes, elle n’est pas encore intégrée par la conscience collective”, regrette le magazine américain. “Les garçons ne sont pas nécessairement plus enclins au TDAH, mais ils ont deux fois plus de probabilités de recevoir un diagnostic pendant l’enfance.”—
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