Le 20 septembre, le groupe armé tigréen du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) et le groupe armé de l’Amhara, le Fano, avec cinq autres groupes rebelles éthiopiens, avaient annoncé la formation d’une nouvelle alliance, baptisée “Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie”.
La nouvelle alliance, qui entend renverser le régime du Premier ministre, Abiy Ahmed, a opéré “un réalignement spectaculaire”, selon l’expression d’Al-Jazeera, puisque ces mouvements, ennemis pendant la précédente guerre civile entre 2020 et 2022, se sont ligués contre le gouvernement central.
Moins d’une semaine après, les effets de cette nouvelle alliance sont là. Selon Al-Jazeera, les affrontements entre les forces fédérales et plusieurs groupes armés ont commencé dans certaines parties du Tigré, avant de s’étendre aux régions d’Afar et d’Amhara. Les rebelles tigréens indiquent être engagés dans une “guerre totale”.
Pourquoi cette reprise des combats est-elle dangereuse ?
Dès le 23 septembre, selon l’Addis Standard, les forces de sécurité tigréennes avaient “pris le contrôle” de l’aéroport international de Mekele, la capitale de cette région du Nord. Autres aéroports conquis : ceux d’Axoum et de Shire. Al-Jazeera indique que la ville d’Abala, dans la région voisine d’Afar, aurait aussi été conquise.
Selon le titre éthiopien, les autorités tigréennes présentent leur combat comme “défensifs”, quand les autorités fédérales les accusent d’avoir lancé des offensives dans les régions d’Afar et d’Amhara. Déjà au moins 150 000 personnes ont été déplacées dans la région d’Afar, selon une source humanitaire citée par l’AFP et que rapporte aussi le titre d’Addis-Abeba.
Ces combats intenses viennent accélérer des tensions persistantes entre le TPLF et le gouvernement d’Abiy Ahmed. Comme le rappelle The Economist, depuis plus d’un an, le groupe armé accuse le Premier ministre éthiopien d’imposer un siège punitif au Tigré, dans le cadre d’une campagne qu’il qualifie de “génocidaire”. Ces dernières semaines, l’armée éthiopienne a lancé plusieurs attaques de drones.
“Ces derniers jours, le conflit semble avoir dégénéré en une sorte de deuxième guerre civile”, estime le titre britannique. Entre 2020 et 2022, le conflit opposant le TPLF aux forces fédérales, alliées à la milice amhara du Fano et aux troupes érythréennes, avait déjà ravagé le Tigré. Selon les données de l’Union africaine, il avait causé la mort de 600 000 personnes, notamment en raison d’un blocus fédéral qui avait empêché l’acheminement de l’aide humanitaire, rappelle El País.
Le traité de paix de 2022 est-il désormais caduc ?
En novembre 2022, l’accord de Pretoria avait permis un cessez-le-feu fragile. Mais près de quatre ans plus tard, African Arguments estime que “l’architecture de Pretoria n’a pas résolu l’effondrement systémique profond de l’Éthiopie ; elle ne faisait que le localiser et le retarder”.
Al-Jazeera va plus loin et affirme que cet accord a paradoxalement fracturé la coalition d’Abiy Ahmed et permis la reprise des combats. Comme le souligne le titre, ses alliés érythréens et amhara n’ont pas signé l’accord, auquel ils s’opposaient. Par la suite, le groupe amhara Fano s’est opposé aux forces fédérales qui souhaitaient leur désarmement. De son côté, l’Érythrée a vu d’un mauvais œil les efforts éthiopiens pour obtenir un accès à la mer Rouge par le port érythréen d’Assab.
Quelles peuvent être les conséquences pour la Corne de l’Afrique ?
Cette reprise des combats risque d’ébranler la Corne de l’Afrique. Dimanche 27 septembre, le chef d’état-major de l’armée éthiopienne a accusé l’Érythrée et le Soudan de soutenir ces groupes armés séparatistes. Il a également affirmé que le TPLF et l’Érythrée avaient le soutien du Soudan, de l’Égypte et d’autres acteurs extérieurs non nommés, indique l’Addis Standard.
Al-Jazeera souligne la recomposition des alliances, notant que ce conflit éthiopien se greffe à d’autres conflits dans la Corne de l’Afrique, notamment la guerre civile au Soudan et les tensions entre Addis-Abeba et Asmara. “Aujourd’hui, plusieurs guerres font rage simultanément, orchestrées par une multitude de puissances, sans médiateur capable de les apaiser, et la frontière entre le conflit éthiopien et les autres est extrêmement ténue”, tranche African Arguments.
Le titre reprend des informations d’Europe External Programme with Africa (EEPA), qui font état de nouveaux combats le long du fleuve Tekezé, près de la frontière érythréenne, accompagnés de frappes de drones des forces fédérales et d’avancées des troupes érythréennes dans l’ouest du Tigré. “Cela laisse penser qu’Asmara pourrait apporter son soutien à ses alliés nationalistes amhara et au TPLF”, estime le titre.
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