Pour la dernière chanson du Daisy Chain Fields Music Festival, deux générations de chanteuses engagées partagent la scène. Pleines d’émotion, Stevie Nicks, 78 ans, et Olivia Rodrigo, 23 ans, chantent en chœur le titre Landslide de Fleetwood Mac. Ainsi s’est clôturé le festival d’Olivia Rodrigo, le 29 août : comme une “vision intergénérationnelle de ce que sont des femmes puissantes”, rapporte The New York Times, qui titre d’ailleurs son reportage : “Olivia Rodrigo réinvente le festival de musique féministe”.
Féministe et surtout 100 % féminin, la première édition du festival s’est tenue l’espace d’une journée, à Irvine, en Californie. Elle a suscité beaucoup de curiosité de la part des médias américains, qui l’ont analysée en détail dans les jours qui ont suivi, pour en souligner la portée.
Le Los Angeles Times, par exemple, fait remarquer que le line-up, “transgénérationnel”, avait été “présenté non en fonction de la popularité des artistes, mais par ordre alphabétique”. Il comptait entre autres Chappell Roan, Doechii, Bikini Kill, Alanis Morissette ou encore Rachel Chinouriri. Un échantillon musical de tous bords et de tous âges salué par le New York Times, qui y voit un panel “irréductible à une esthétique unique”.
Pas “une esthétique unique”, mais une tendance tout de même, corrige The Atlantic, qui décrit un festival très “girly”. Loin de critiquer le terme, le mensuel de Washington voit plutôt dans ce festival, à deux scènes seulement pour cette première édition, “un lieu où l’esthétique girly, souvent jugée frivole, est parfaitement compatible avec des appels à la révolution”.
Un festival très politique
Car faire la révolution, c’est bien de cela qu’il s’agit pour Olivia Rodrigo. Engagée politiquement dès ses débuts, la chanteuse, indique le Los Angeles Times, a été “galvanisée en 2022 par l’annulation de l’arrêt Roe vs Wade par la Cour suprême des États-Unis, qui a mis fin au droit fédéral à l’avortement, entre autres nombreuses attaques menées par l’administration Trump dans les domaines de la santé, de l’éducation et du travail”.
En réponse à cette politique, Olivia Rodrigo a annoncé que l’entièreté des recettes du festival (10 millions de dollars, soit 8,6 millions d’euros) serait versée à une dizaine d’associations qui œuvrent pour la protection des droits des femmes aux États-Unis. Mais ce n’est pas tout puisque, durant sa performance, la chanteuse a invité sur scène la philanthrope Melina French Gates, qui a annoncé qu’“elle allait faire un don pour doubler la somme, ainsi portée au total à 20 millions de dollars”, raconte Forbes.
Pour le titre spécialisé en économie, la manifestation musicale montre toute l’étendue du pouvoir d’Olivia Rodrigo aujourd’hui :
“Qu’Olivia Rodrigo ait été en mesure de rassembler une affiche d’un tel calibre, derrière un tel message, en dit long sur le réseau qu’elle s’est construit dans le secteur, mais aussi sur l’humeur de l’époque.”
Contre une industrie musicale misogyne
Le spécialiste des industries culturelles Variety insiste, de son côté, sur un événement éminemment important pour la pop féminine. Il explique avoir été témoin d’un “festival qui certes n’a pas renversé le patriarcat, mais est venu prouver une fois de plus, en 2026, que les femmes sont les reines incontestées de la musique, à tous les égards”.
À seulement 23 ans, l’interprète de Good 4 u marque donc l’histoire de la pop et des festivals, mais n’évite pas, remarquent le New York Times et The Atlantic, certains écueils propres aux usines à billets que sont les gros événements musicaux. “Un festival de musique grand public peut-il être un vrai espace d’utopie ?” se demande ainsi le magazine new-yorkais face aux stands Taco Bell et aux places VIP hors de prix proposées pour cette édition. “Sans doute pas”, répond-il. The Atlantic acquiesce, argumentant que “Rodrigo n’est probablement pas la mieux placée pour savoir ce qu’est la vraie contre-culture dans une époque comme la nôtre – la plus consumériste de l’histoire de l’humanité”.
Mais les deux publications finissent tout de même par applaudir le vent de nouveauté apporté par la jeune artiste, qui prouve selon le New York Times que “dans un secteur comme la musique où fait rage la misogynie la plus crasse il est possible, à partir de l’existant, de proposer une vision réinventée et radicalisée – y compris en mode néohippie à paillettes”. Même conclusion pour The Atlantic, qui écrit sobrement :
“Au moins, elle essaie.”
Carton presque plein, donc, pour cette première édition du Daisy Chain Fields Festival, qui ne sera sans doute pas la dernière. “Olivia Rodrigo a fait savoir qu’elle entendait bien faire du Daisy Chain Fields un festival annuel”, remarque Forbes, qui questionne dans le même temps l’avenir de l’événement et celui du monde de la musique à l’aune de cette initiative réussie : “Si le Daisy Chain Fields connaît de nouvelles éditions, reste à voir s’il prendra de l’ampleur, s’il parviendra à conserver son modèle 100 % féminin et zéro cachet, et si d’autres têtes d’affiche suivront l’exemple en lançant, elles aussi, des événements caritatifs de la même trempe.”
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