Stand-up. Pourquoi les humoristes mous ont tant de succès
Nonchalants, inexpressifs, voire mutiques. Certains stand-uppeurs se jouent des codes classiques du genre, jusqu’à dérouter les spectateurs. Et pour certains, cela paie, à l’image d’Aaron Chen, qui vient de se voir consacrer un show sur Netflix.
Le Sino-Australien fait partie de cette vague de “comédiens de stand-up qui font rire sans gesticuler, sans parler fort ni grimacer, pour qui j’ai un immense respect”, explique Jason Zinoman, critique du New York Times.
Appelé deadpan, ou “pince-sans-rire”, ce style est en pleine expansion, note le quotidien américain, qui concède : “Ces humoristes de l’épure sont parfois si doués qu’ils font rire rien qu’en disant bonjour.”
Un exercice toutefois périlleux, parce qu’ils ne peuvent pas s’appuyer sur les ressorts comiques les plus efficaces : injures et extravagances en tout genre.
Au lieu de cela, ils jouent sur une forme de minimalisme qui confine parfois au malaise en créant des personnages qui n’ont pas l’air d’être à leur place sur scène.
Exit le charisme : ici le rire repose uniquement sur l’écriture, la langue et la précision des blagues. Ce qui les expose davantage aux flops les plus douloureux.
“On peut y voir une forme de quintessence de l’humour”, dans le sillage de parrains tels que Steven Wright, avance le New York Times.
Chez Aaron Chen, qui joue aussi sur une mauvaise articulation des consonnes, “il y a dans la candeur comme une méfiance qui produit des angles intéressants”, analyse le quotidien américain.
Comme lorsque le stand-uppeur imagine que les tanks ont été inventés par un homme qui, en voyant un fusil, se serait dit : “Eh, mais j’aimerais bien pouvoir conduire un truc comme ça.”
Dan Mintz, autre humoriste taciturne en vue, s’est lui tourné vers l’animation pour adapter son show, Well-Rounded Entertainer, diffusé sur YouTube.
“Avec son élocution lente,son visage parfaitementimpassible, ses blaguescourtes et percutantesdébitées avec l’entraind’un robot tout droitsorti d’un film de SFdes années 1950,c’est l’animationla moins animéeque vous aurez vuedepuis longtemps.”
Jason Zinoman, critique du New York Times, à propos du show Well-Rounded Entertainer de Dan Mintz
Et pourtant. Derrière l’apparente vacuité, le personnage est bien défini : un propriétaire quadragénaire un peu déprimé, un peu banal, avec une bonne dose d’autodérision : “Chaque fois qu’une femme me voit tout nu, je sens qu’elle me rhabille des yeux.”
L’animation permet de donner un coup de fouet à ce ton monotone en faisant même jouer des percussions à son personnage sur une scène qui finit par s’enflammer.
Un final qui, conclut le New York Times, “plante un sacré jalon pour ce sous-genre prometteur, auquel ne manque peut-être qu’un peu de feu”.—
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