Le 15 septembre 2026, l’opposition congolaise réunie au sein de la coalition C64 [ou Coalition C64 contre le changement de Constitution, en référence à l’article 64 de cette dernière, selon lequel tout Congolais a le devoir de faire échec à une prise de pouvoir en violation de la Constitution. Elle considère que la réforme visant à permettre un nouveau mandat au président constitue une violation de cet article et une tentative de confisquer le pouvoir] était dans la rue, à l’appel de ses leaders [les principaux chefs de l’opposition]. Une date symbolique, dont le choix est loin d’être anodin, et qui ne tombait pas par hasard sur le jour de la rentrée parlementaire.
L’objectif étant de mettre les élus du peuple face à leurs responsabilités devant l’histoire, en même temps que la manifestation se voulait un message ferme d’opposition à la loi sur le référendum et toute révision ou modification constitutionnelle visant à ouvrir la voie d’un éventuel troisième mandat au président Félix Tshisekedi [au pouvoir depuis 2019, il arrivera au terme de son second mandat en 2028. Si la Constitution congolaise prévoit que le nombre et la durée des mandats présidentiels, fixés à deux, ne peuvent faire l’objet d’une révision, le président a fait adopter une loi ouvrant la possibilité de modifier la Constitution par l’intermédiaire d’une assemblée constituante, puis d’un référendum, ce qui pourrait lui permettre de briguer un troisième mandat].
Sur la pente raide
Un appel à la mobilisation lancé par les grands noms de l’opposition comme Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo ou encore Delly Sesanga, et qui a connu des fortunes diverses à Kinshasa, la capitale, où la situation restait sous tension, et à l’intérieur du pays comme à Lubumbashi, où l’opposition parle de répression et dénonce des arrestations et même des blessés, après l’interdiction de la marche.
C’est dire la détermination des croquants [les manifestants], dans leur croisade contre les velléités du successeur de Joseph Kabila [président de la RDC de 2001 à 2019], de prolonger son bail au palais de la Nation au-delà de ses deux mandats constitutionnels.
Un sujet hautement sensible qui a fait basculer dans une crise politique aiguë bien des pays sous nos tropiques africains. Et qui place d’autant plus la République démocratique du Congo (RDC) sur la pente raide que l’on a vu ce que cette question de troisième mandat a produit comme violences sur le continent noir, encore à la recherche de ses marques.
Toujours est-il qu’entre marches de l’opposition et contremarches des partisans du pouvoir, c’est la paix sociale qui est souvent prise en otage, quand elle n’est pas sacrifiée sur l’autel d’intérêts partisans. Et que dire de la fracture sociopolitique sur fond de violences parfois meurtrières qui en découle souvent, et qui contribue à creuser le fossé de la division entre fils et filles d’un même pays ?
Et dans le cas de la RDC, on se demande jusqu’où ira le bras de fer entre le pouvoir et l’opposition. Tant chaque partie montre déjà une détermination à nulle autre pareille, dans ce combat qui n’en est visiblement qu’à ses débuts. Quoi qu’il en soit, c’est une manifestation qui en appellera certainement d’autres et qui ne laissera pas le pays indemne. Et tout porte à croire que plus le temps passera, plus les marches s’intensifieront et les tensions s’exacerberont à l’approche de la fin du second mandat en cours du chef de l’État.
Mais Félix Tshisekedi portera la responsabilité morale d’un éventuel embrasement du pays, s’il s’obstine à vouloir imposer ce troisième mandat qui ne fait pas l’unanimité, et qui divise les Congolais. Au-delà, son cas ne manque pas d’interroger sur l’éthique politique de bien des dirigeants africains.
Troubles sécuritaires et institutionnels sur fond d’Ebola
Souvent prompts à prendre des engagements en promettant monts et merveilles à leur peuple, ils deviennent subitement amnésiques, une fois sur le trône, quand certains ne poussent pas le bouchon jusqu’à dresser le bûcher contre ce même peuple dans leur volonté de se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir. Et le cas de Félix Tshisekedi est d’autant plus désespérant que le contexte ne s’y prête pas.
L’épidémie progresse de manière “exponentielle” au Nord-Kivu. Le mot a été lâché ce 15 septembre par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui affirme que si les efforts déployés pour endiguer l’épidémie d’Ebola dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) commencent à porter leurs fruits, cette dernière reste “massive” dans l’est du pays.
Mais en RDC certains observent aussi quelques signaux encourageants. Ainsi, rapporte Radio Okapi, le directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), Jean-Jacques Muyembe, a indiqué le 15 septembre que l’épidémie connaissait une régression en Ituri, son épicentre. Des progrès qu’il attribue à une meilleure adhésion des communautés, à la détection précoce des cas et au référencement rapide des cas contact. Il relève également, note le titre congolais, une baisse des violences visant les équipes médicales et les infrastructures de soins.
Plus optimiste encore, le 10 septembre, l’équipe chargée de la riposte contre l’épidémie a affirmé que la propagation du virus était “maîtrisée”, tout en appelant à maintenir la vigilance. Devant la Première ministre, Judith Suminwa Tuluka, note encore Radio Okapi, les experts ont estimé que “le pic épidémique [était] désormais dépassé” et que “la courbe [était] dans sa phase descendante”, les nombres de cas journaliers et de morts confirmées diminuant.
Un optimisme largement tempéré par l’OMS, qui estime que, si “des signes d’amélioration apparaissent dans d’autres provinces”, au Nord-Kivu il est encore trop tôt pour affirmer que “le pic est passé”.
Non seulement en raison de l’épidémie d’Ebola, qui reste un sujet de préoccupation majeure, et du défi sécuritaire qui reste entier dans la partie orientale du pays, où les rebelles du M23-AFC (Alliance fleuve Congo) règnent en maîtres.
Mais aussi parce que Fatshi [surnom de Félix Tshisekedi] est en train de tomber dans les mêmes travers qu’il reprochait à son prédécesseur, Joseph Kabila : notamment les velléités de troisième mandat de l’ancien chef de l’État qu’il avait farouchement combattues, et le recours à la répression contre les manifestations de l’opposition.
En tout état de cause, maintenant que les dés sont jetés et que l’opposition a lancé son coup de semonce, on attend de voir comment la situation va évoluer. Et ce dans un contexte où le dialogue politique national censé ouvrir la porte d’une sortie de crise concertée semble tout aussi mal embarqué, en raison de la polémique suscitée par les réajustements sur fond d’exclusions opérés par le chef de l’État, qui ne blaire pas le M23.
J’ai vu la tapisserie de Bayeux et je vous le dis : la France nous doit des réparations !
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