Au centre de l’image, Vladimir Poutine siège au bout d’une longue table, entouré par deux rangées de hauts gradés en uniforme. À sa gauche, le chef d’État-major général des forces armées, Valéry Guérassimov, et à sa droite, le ministre de la Défense, Andreï Belooussov. Le cliché, pris lors de la réunion du mercredi 5 août entre le président russe et la direction du ministère, a été choisi pour illustrer la une du 6 août du journal pro-Kremlin Izvestia, avec ce titre : “Remaniement de choc”.
Le chef de l’État russe a justifié cette réorganisation par la nécessité de poursuivre “l’amélioration de la structure du ministère” en s’appuyant sur “des besoins et de l’expérience de l’opération militaire spéciale [terme officiel pour désigner l’invasion russe en Ukraine]”. Izvestia assure par ailleurs qu’il s’agira de limiter la bureaucratie et la corruption, après plusieurs ratés retentissants – le quotidien rappelle notamment que plus de 170 tonnes de conserves de viande avariée ont été livrées à des unités combattantes.
Une machine militaire remise en ordre
“Des chaussettes et du ragoût jusqu’aux chars et aux missiles les plus modernes” : jusqu’ici, une même structure devait assurer tout l’approvisionnement de l’armée russe. Vladimir Poutine entend désormais séparer ces missions. Devant les dirigeants du ministère de la Défense, il a annoncé qu’un premier pôle pilotera désormais la conception, la production et la livraison des armes, tandis qu’un second – “consacré à l’arrière” – veillera aux uniformes, à la nourriture, au carburant et aux transports. L’objectif affiché est que l’industrie de défense ne fabrique “que les armes dont l’armée a réellement besoin”. Les experts cités par le quotidien vantent une chaîne logistique plus courte qui permettra de rapprocher les commandes des besoins “sur le terrain”, tout en renforçant le contrôle des commandes publiques de drones et d’équipements.
La réorganisation entraîne également une valse des uniformes qui ressemble parfois à un simple jeu de chaises musicales. Par exemple, le général Andreï Ivanaïev, jusque-là à la tête des unités du bataillon “Vostok” qui opère actuellement dans la direction du sud de Donetsk, prend le commandement du groupement “Centre”, dirigé auparavant par Valeri Solodtchouk. Ce dernier quitte le front pour superviser les services de l’arrière.
Pour Izvestia, il ne faut chercher dans ces décisions du 5 août aucun sous-entendu politique ni “tentative de relancer le processus diplomatique”. “Notre priorité est de faire progresser nos forces armées et de contrecarrer l’activité militaire effrénée de l’Occident et de l’Ukraine qui lui est soumise”, lance dans les pages du quotidien Grigori Karassine, président du comité des Affaires étrangères du Conseil de la Fédération.
En toile de fond, le politologue Andreï Kortounov va plus loin en opposant ce qu’il présente comme “le pragmatisme” de Moscou au climat politique ukrainien. Selon l’analyste, à l’inverse des décisions ukrainiennes – où les rotations de commandants et le remaniement ministériel annoncé par Volodymyr Zelensky tournent à la “lutte politique interne sur fond de contestation populaire” –, Moscou “est guidé par l’intérêt du front”.
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