Alors que le verrouillage par l’Iran du détroit d’Ormuz et la prise de contrôle, ce mois-ci, du détroit de Bab El-Mandeb par les houthistes pèsent lourdement sur les exportations saoudiennes, quelles sont les autres routes que Riyad pourrait envisager pour écouler son or noir et alimenter le marché mondial du brut ?

Avant la guerre en Iran, plus de 20 millions de barils transitaient chaque jour par ces deux goulets d’étranglement stratégiques, dont environ 7 millions en provenance d’Arabie saoudite.

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Jusqu’à récemment, les Saoudiens ont misé sur le détroit de Bab El-Mandeb comme principale voie de substitution, en “réorientant des millions de barils vers l’oléoduc est-ouest” qui débouche sur la mer Rouge et permet de contourner Ormuz, rappelle le quotidien américain The Wall Street Journal.

Le canal de Suez et l’oléoduc Sumed

Mais depuis la victoire éclair des houthistes, cette route n’est plus praticable sans risques majeurs. Désormais, les navires devront donc remonter la mer Rouge en direction du canal de Suez, au nord. Or, explique le site qatari Al-Jazeera, les plus grands pétroliers – ou very large crude carriers (VLCC) –“sont trop grands pour passer dans le canal à pleine charge”.

Mais une solution existe : l’oléoduc égyptien Sumed, qui relie la mer Rouge à la Méditerranée à travers le désert. Les VLCC pourraient ainsi “décharger une partie de leur cargaison à Ain Soukhna”, sur la mer Rouge, avant de “recharger les volumes restants” à Alexandrie, explique le média.

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Le développement de ces voies d’exportation via la Méditerranée semble désormais au cœur de la stratégie saoudienne à long terme. Plusieurs projets abandonnés ou gelés pourraient ainsi être remis sur le tapis, estime la presse, dont le branchement sur un oléoduc déjà existant entre le nord de l’Irak et le port de Ceyhan, en Turquie, ou la construction d’un oléoduc reliant l’Arabie saoudite à la côte syrienne sur la Méditerranée, expliquait en mai le quotidien syrien Al-Thawra.

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Sans compter une proposition israélienne de “construction d’un oléoduc de 700 kilomètres pour relier l’Arabie saoudite au port israélien d’Eilat, sur la mer Rouge”, rapportait en juillet le site Energy News. “De là, le brut cheminerait à travers le Trans-Israel Pipeline jusqu’au port méditerranéen d’Ashkelon, dans le sud d’Israël.”

Mais cette proposition, aux visées également géopolitiques, reste tributaire de l’évolution des relations entre Tel-Aviv et Riyad, qui n’entretiennent toujours pas de liens diplomatiques.

Allongement des trajets vers les marchés asiatiques

Sauf que ces projets nécessitent des investissements colossaux et pourraient prendre plusieurs années, alors qu’ils quadruplent le trajet vers les marchés asiatiques, principale destination des exportations saoudiennes, explique Al-Jazeera. D’un peu plus de 6 000 kilomètres via le détroit d’Ormuz, le trajet passerait à plus 24 000 kilomètres, ce qui “ajoute quasiment un mois de transport” et une augmentation sensible des frais.

Le coût d’un trajet entre le Golfe et le port chinois de Ningbo a déjà “augmenté d’environ 4,5 millions de dollars [3,9 millions d’euros] à près de 63 millions [55 millions d’euros]”, selon Michael Haigh, de la Société générale, cité par le Wall Street Journal.

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Les Saoudiens vont-ils revoir leur stratégie et réorienter leurs exportations vers l’Europe ? Ou attendront-ils que la situation se débloque ? Pour l’instant, selon le Wall Street Journal, ils semblent miser sur plusieurs scénarios, dont celui d’une poursuite à bas régime des exportations via les voies omanaises dans le détroit d’Ormuz et un système “compliqué de navettes” nocturnes pour transborder leur cargaison sur des pétroliers asiatiques aux larges des côtes d’Oman.