- International International International
- Finlande Finlande Finlande
Restaurer des tourbières pour freiner les chars russes : la Finlande se convertit au « réensauvagement défensif »
Par Anne-Françoise Hivert (Helsinki, Joensuu et Rovaniemi [Finlande], envoyée spéciale)ReportageLe pays nordique a identifié 180 000 hectares de zones humides dont la restauration pourrait bénéficier aussi bien au climat et à la biodiversité qu’à la défense. Si l’armée y est favorable, certains écologistes mettent en garde contre toute précipitation.
Ce jour-là, la température frôle les 5 °C sur la frontière orientale de la Finlande. Les averses se succèdent. Au volant de sa pelleteuse orange vif, Henri Leskinen, imperturbable, reste concentré sur son travail. Depuis la mi-avril, ce trentenaire, employé de la coopérative Snowchange, restaure une tourbière de 430 hectares en Carélie du Nord, à une dizaine de kilomètres de la Russie, au milieu des bois. Avec son engin, il arrache de grosses mottes de terre noire, recouvertes d’herbes jaunies, de buissons et d’arbustes, pour construire des barrages et combler les fossés de drainage creusés il y a plusieurs décennies.
Si la tâche est laborieuse, elle est cruciale pour permettre à la Finlande d’atteindre ses objectifs climatiques. Et ils sont ambitieux : Helsinki vise la neutralité carbone d’ici à 2035. Or à moins de restaurer ses marais qui couvrent un tiers de son territoire, et dont plus de la moitié ont été asséchés au cours du XXe siècle, le pays nordique a peu de chance d’y parvenir. Car si ces zones humides constituent de formidables puits de carbone – à l’échelle mondiale, elles stockent un tiers du carbone des sols alors qu’elles n’occupent que 3 % de la surface des terres émergées –, elles dégagent d’énormes quantités de CO2 une fois exposées à l’air libre.
Leur restauration est le meilleur moyen d’inverser la tendance. Pour le moment, la Finlande n’en a réhabilité que 60 000 hectares sur les 4,7 millions drainés pour les besoins de l’agriculture et de la sylviculture, ainsi que la production d’énergie. Autant dire qu’on est très loin du compte. Cela pourrait bientôt changer. En cause : les menaces venant de la Russie à l’est, avec laquelle la Finlande partage 1 340 kilomètres de frontières. Car en plus de leur impact positif sur l’environnement, les tourbières saturées d’eau pourraient contribuer à ralentir l’ennemi.
Il vous reste 77.12% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.
Commentaires (0)
Laisser un commentaire
Aucun commentaire. Soyez le premier !