Seigneur, donne-nous aujourd’hui notre tourte de ce jour.”

À l’instigation de l’évêque barbu, les têtes s’inclinent consciencieusement pour une prière solennelle. La congrégation bénit, dans cette atmosphère feutrée, ce que nous allons recevoir : un millier de tourtes, présentées sur des tables à tréteaux, telles des offrandes sacrificielles aux dieux du saindoux et de la farine.

Dans la nef, le Soleil nous baigne d’une douce lumière ecclésiastique, éclairant ainsi de ses rayons les tourtes envoyées de toutes les régions du Royaume-Uni. Elles sont sous les regards de plus de 200 personnes équipées de porte-blocs et de fourchettes en plastique. “Je n’ai jamais vu autant de monde dans cette église pour une messe ordinaire”, remarque l’évêque face à cet océan de pâtes.

Pitance roborative

Le plus sacré des jours est arrivé à l’église St Mary’s de Melton Mowbray, située à mi-chemin entre Londres et Manchester. La 18e édition des British Pie Awards va commencer.

La tourte occupe une curieuse place dans l’imaginaire britannique. Pour beaucoup de gens, ce n’est guère plus qu’une pitance roborative que l’on achète dans une station essence ou un stade de foot, un objet gras et très chaud enveloppé dans du papier, dont la raison d’être est de remplir l’estomac, avant de retourner au pub o