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Géopolitique

Riyad, la puissance sans profondeur

En une semaine, la menace houthie est passée des routes pétrolières saoudiennes au cœur symbolique du Royaume : un drone abattu au sud de La Mecque. L’Arabie saoudite n’a jamais autant pesé au-dehors — Expo 2030, Coupe du monde 2034, influence à Washington — ni paru aussi vulnérable c

  • En une semaine, la menace houthie est passée des routes pétrolières saoudiennes au cœur symbolique du Royaume : un drone abattu au sud de La Mecque.

  • L’Arabie saoudite n’a jamais autant pesé au-dehors — Expo 2030, Coupe du monde 2034, influence à Washington — ni paru aussi vulnérable chez elle. Une puissance sans profondeur.

L’Arabie saoudite n’a jamais été aussi présente dans le monde, ni aussi vulnérable chez elle : en une semaine, la menace est passée de ses routes pétrolières au cœur symbolique du pays, La Mecque. En effet, le mardi 15 septembre, à 18 h 50, la défense aérienne saoudienne a détruit au sud de La Mecque un drone que la coalition attribue à Ansar Allah, le mouvement houthi, avant qu’il ne pénètre dans l’espace aérien interdit de la ville sainte. Même si les Houthis démentent, pour la première fois depuis le début de la guerre régionale, le cœur religieux du Royaume a été menacé — ligne rouge pour Riyad, qui promet des mesures de dissuasion. L’épisode parachève une semaine où les Houthis ont pris Perim et le littoral yéménite de la mer Rouge, où des drones partis d’Irak ont contraint Riyad à arrêter l’oléoduc Est-Ouest, tandis qu’Ormuz demeure quasi fermé depuis la riposte iranienne aux frappes du 28 février. Le Royaume n’est plus tenu par deux extrémités, mais par trois mâchoires.

« Le Royaume n’est plus tenu par deux extrémités, mais par trois mâchoires. »

La redondance retournée

La séquence a commencé à Sanaa le 13 juillet, lorsque le gouvernement yéménite a frappé la piste de l’aéroport pour empêcher l’atterrissage d’un appareil iranien ramenant une délégation houthie des funérailles d’Ali Khamenei. Les Houthis ont proclamé le 20 un blocus naval visant le seul Royaume, six jours après que Washington eut rétabli le sien contre l’Iran, et alors que Téhéran leur avait demandé, selon Reuters, de se tenir prêts à fermer le détroit. Yanbu, devenu la principale porte de sortie du brut saoudien depuis la fermeture d’Ormuz, chargeait plus de 4 millions de barils par jour en juin et juillet ; en deux semaines, le blocus a fait chuter de près de 90 % les volumes franchissant Bab el-Mandeb, sans que la bascule vers Suez compense la perte. En août, le Royaume a déclaré à l’OPEP une production de 6,24 millions de barils par jour, la plus faible depuis 1990, et ses exportations sont tombées à leur plus bas niveau depuis treize ans. Septembre a achevé de fermer les issues : les 10 et 11, des drones venus d’Irak ont frappé les stations de pompage de l’oléoduc Est-Ouest, que Riyad a dû arrêter, peut-être pour six semaines selon Bloomberg. Le 15, le Brent dépassait 108 dollars.

L’étau saoudien en chiffres
Production (août) 6,24 Mb/j — plus bas niveau depuis 1990
Exportations Plus bas niveau depuis 13 ans
Yanbu (avant blocus) > 4 Mb/j (juin-juillet)
Volumes via Bab el-Mandeb −90 % en deux semaines
Oléoduc Est-Ouest À l’arrêt (jusqu’à 6 semaines ?)
Brent (15 septembre) > 108 dollars
Raffinerie de Jizan 400 000 b/j — visée depuis juillet

La logique qui fondait la résilience saoudienne s’en trouve contournée : l’oléoduc est à l’arrêt, Yanbu a suspendu ses chargements, et la redondance se trouve réduite à la seule route du nord, suspendue à une réparation sans échéance annoncée. Paradoxe cruel : le baril dépasse cent dollars au moment où le Royaume ne peut plus acheminer les volumes que ce prix rémunère.

Des marges au sanctuaire

Le traité de Taëf a consacré en 1934 la souveraineté saoudienne sur l’Asir, Jizan et Najran, et celui de Djeddah en a fixé le tracé en 2000, sans effacer, dans une part de l’imaginaire yéménite, l’idée de provinces perdues. C’est dans ces marges que tombent les missiles, à Jizan notamment, dont la raffinerie de 400 000 barils par jour est visée à plusieurs reprises depuis juillet. L’instrument saoudien au Yémen fut toujours l’argent plutôt que l’armée : depuis 1962, une Commission spéciale y gère les allégeances tribales, et Riyad a porté trente-trois ans durant le régime d’Ali Abdallah Saleh, qui finit allié des Houthis et de l’Iran ; lorsqu’il a fallu combattre, en 2009 puis à partir de 2015, le résultat fut coûteux et indécis.

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