Il n’est pas usuel qu’un officier de l’armée française reçoive la visite à 6 heures du matin d’agents de la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). Surtout quand l’équipe d’enquêteurs débarque à son domicile et à son bureau de l’Académie militaire de Saint-Cyr-Coëtquidan, à Guer (Morbihan). Ce 20 novembre 2019, le commandant Romain Choron, chef du département d’histoire militaire de la célèbre école formant la future élite de l’armée, ne comprend pas trop ce qui lui arrive. On lui signifie illico : « détournement, soustraction, divulgation ou reproduction du secret de la défense nationale », une infraction gravissime passible d’au moins trois ans d’emprisonnement. La perquisition à laquelle il assiste, silencieux, dure cinq heures. Son matériel informatique, des livres et des documents sont saisis, placés sous scellés. Au même moment, son domicile parisien est également fouillé – pendant neuf heures – dans les moindres recoins, jusqu’à la cave.
En bon officier, Romain Choron observe la discrétion. Mais la communauté des historiens et des archivistes a vent de la perquisition et s’en émeut ouvertement. L’incident n’est pas anodin : il survient à un moment où fait rage, en 2019, la bataille des archives au cours de laquelle l’Etat français tente de durcir l’accès aux documents classifiés, notamment sur la guerre d’Algérie, et ce, à rebours de promesses d’ouverture d’Emmanuel Macron. Vieille de sept ans, l’« affaire Choron » a laissé de durables traces d’amertume chez les chercheurs. Et si l’officier historien, âgé de 49 ans, a finalement été blanchi de l’accusation portée contre lui, il en a payé un lourd prix personnel : son avancement au grade de lieutenant-colonel lui a été refusé. « Il est probable que j’ai servi de bouc émissaire » dans l’entreprise de reprise en main des archives militaires, explique aujourd’hui Romain Choron.
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