Sur les 93 000 personnes détenues au Salvador dans le cadre de l’état d’exception instauré il y a quatre ans par le président Nayib Bukele, pour lutter contre les gangs criminels, près de 90 % n’ont toujours pas été jugées, a annoncé le parquet, mardi 20 octobre.
La politique très autoritaire du chef de l’Etat contre ces groupes a permis de ramener la criminalité à des niveaux historiquement bas dans le pays. Mais des ONG et un groupe d’experts des Nations unies pointent des exactions susceptibles de constituer des crimes contre l’humanité. Le procureur général du Salvador, Rodolfo Delgado, a affirmé lors d’une réunion au Congrès que ses services comptabilisaient un peu plus de 10 500 condamnations, ce qui signifie que près de neuf détenus sur dix attendent encore leur jugement.
En présentant ce bilan du parquet, M. Delgado a émis l’espoir que le nombre d’affaires passant « par la case procès » augmente, ajoutant que les condamnations prononcées concernaient aussi bien des délits mineurs que des crimes graves, tels que des homicides et des viols commis par des membres de gangs.
« Marge d’erreur »
Le parquet a également dénombré 13 condamnations à la réclusion à perpétuité pour des homicides, des féminicides ou pour appartenance à des « organisations terroristes », ainsi que 244 acquittements et dix classements sans suite. Selon l’organisation humanitaire Socorro Juridico (« aide juridique »), un tiers des personnes incarcérées dans le cadre de l’état d’exception de Nayib Bukele seraient innocentes.
Le dirigeant salvadorien a reconnu que son gouvernement avait libéré environ 8 000 détenus, sans préciser si ces derniers faisaient toujours l’objet de poursuites judiciaires. Les responsables de son gouvernement estiment que ces personnes relevaient d’une « marge d’erreur » dans les arrestations.
La semaine dernière, le président du Salvador a annoncé envisager un programme pour la libération anticipée et conditionnelle d’environ 5 000 « collaborateurs occasionnels » présumés des bandes criminelles, auxquelles il a déclaré la guerre depuis son arrivée au pouvoir en 2019 – Nayib Bukele ayant été réélu en 2024. Les organisations humanitaires dénoncent le fait que la collaboration avec les gangs soit considérée comme un délit, sans que soit suffisamment prise en compte la contrainte que peuvent exercer ces groupes criminels.