“Faut-il fermer les fraternités étudiantes ?” se demande le magazine Time. À l’origine de cette interrogation, une affaire de viol en réunion à l’université Cornell – située à Ithaca, dans l’État du New York –, l’une des plus prestigieuses des États-Unis. En octobre 2024, une jeune femme accuse sept étudiants, tous membres de la fraternité Chi Phi, de l’avoir violée lors d’une soirée. Elle avait alerté les autorités du campus au moment des faits. Mais faute de sanction contre ses agresseurs présumés, la victime a finalement porté plainte le 16 septembre dernier.
Depuis, l’affaire fait la une de la presse américaine et des voix s’élèvent pour dénoncer la culture même des fraternités. Sexe, drogue et bizutages violents : les fraternités américaines multiplient les scandales depuis des décennies. Pour Nick Syrett, universitaire et auteur d’un ouvrage sur l’histoire des fraternités, ces dérives sont en effet liées leur fonctionnement même.
Interrogé par Time, il explique ainsi que les hommes qui les rejoignent sont souvent à la recherche d’un “cadre qui leur permette d’exprimer leur masculinité d’une certaine manière”. Selon lui, la pression du groupe les pousse ensuite à multiplier les expériences sexuelles et à les raconter aux autres. Une manière, disent-ils, de “renforcer leur virilité”. Résultat : “Depuis au moins les années 1970 et 1980, des cas de viols collectifs de femmes en état d’ébriété et incapables de se défendre ont été recensés dans les maisons de fraternité”, souligne l’historien.
Une mesure contre-productive ?
Pour mettre fin à tous ces abus, certains en appellent donc à la suppression pure et simple des fraternités. Mais cette solution pourrait s’avérer contre-productive, car, même si elles étaient officiellement désavouées, les fraternités pourraient aussi fonctionner “comme des organisations privées, indépendantes des universités”, souligne The Conversation. Une université peut retirer sa reconnaissance à une fraternité et lui interdire d’organiser des événements sur le campus, mais cela ne l’empêche pas nécessairement d’exister et d’organiser des rassemblements ailleurs.
C’est notamment ce qui se passe à l’université du Wisconsin, avec la fraternité Alpha Epsilon Pi. Alors qu’elle n’est plus reconnue depuis 2015, la fraternité continue d’organiser des événements à proximité du campus. En septembre dernier, deux de ses membres ont été arrêtés pour bizutage brutal, après la découverte de jeunes hommes maltraités dans le sous-sol d’un de leurs bâtiments.
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