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Soudan du Sud : le président dissout le gouvernement à trois mois d’élections toujours incertaines

Salva Kiir avait promulgué, lundi, une loi électorale lui permettant de rester à la tête du pays jusqu’au scrutin présidentiel du 22 décembre, pour lequel il est candidat probable. Mais le gouvernement n’a pratiquement pas mis en œuvre les conditions préalables à la tenue des élections

Soudan du Sud : le président dissout le gouvernement à trois mois d’élections toujours incertaines
HaitiCreoleRadio.com

A trois mois des supposées premières élections de l’histoire du Soudan du Sud, le président Salva Kiir, a dissous, mardi 22 septembre, le gouvernement de transition et nommé une administration intérimaire. Tous les vice-présidents, ministres et administrateurs locaux ont été relevés de leurs fonctions, tandis que les assemblées nationale et des Etats ont été dissoutes, selon un décret présidentiel diffusé en soirée par la télévision nationale. D’après le texte, les forces constituées et le pouvoir judiciaire resteront pleinement opérationnels.

« Le président en exercice demeure en fonction en tant que président de la République du Soudan du Sud pendant la période électorale, jusqu’à ce que le prochain président élu entre en fonctions », ajoute le décret. Après avoir été reportées à deux reprises, les élections – présidentielle et législatives notamment – sont prévues le 22 décembre.

Même si le gouvernement n’a pratiquement pas mis en œuvre les conditions préalables fixées dans l’accord de paix de 2018, notamment sur l’organisation du scrutin, Amnesty International a qualifié cette décision de « pas décisif » pour le Soudan du Sud vers une « élection historique », tout en exhortant les autorités à « veiller à ce qu’un environnement favorable existe pour que les personnes puissent voter et se présenter aux élections ».

« La légitimité de toute élection dépend non seulement du fait qu’elle ait lieu, mais aussi de la possibilité pour les personnes d’exercer leurs droits librement, en toute sécurité et sur un pied d’égalité », a souligné Amnesty dans un communiqué.

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Inquiétudes sur la transition

La dissolution du gouvernement intervient au lendemain de la promulgation par le chef de l’Etat – et candidat probable à la présidentielle – d’une loi électorale lui permettant de rester à la tête du Soudan du Sud jusqu’au scrutin et l’autorisant à relever ses vice-présidents de leurs fonctions.

Selon des analystes, ces changements pourraient faire de M. Kiir « la seule personne au pouvoir ». Il serait « sans vice-présidents, sans pouvoir exécutif, sans Parlement », a déclaré à l’Agence France-Presse (AFP) Michael Wani, avocat et ancien membre du comité de rédaction de la Constitution. L’analyste indépendant Machot Amuom a estimé qu’il y avait beaucoup de « zones d’ombre ». « La nouvelle loi donne au président tous les pouvoirs (…) Il peut décider de ne pas organiser d’élections pendant encore un an ou même deux ans ».

Le Soudan du Sud, plus jeune pays du monde, a proclamé son indépendance en 2011 en se séparant du Soudan. Mais il a sombré dès 2013 dans une guerre civile de cinq ans, sur fond de lutte pour le pouvoir entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, qui a fait 400 000 morts et quatre millions de déplacés. Le pays est considéré comme le plus corrompu au monde par l’ONG Transparency international, mais aussi le moins développé par l’ONU.

L’accord de paix de 2018 prévoyait un partage du pouvoir entre Salva Kiir et Riek Machar – à nouveau aux postes de président et vice-président – durant une période de transition censée initialement s’achever en 2022 par des élections. M. Machar a ensuite été arrêté en mars 2025 puis placé en résidence surveillée et des combats ont repris dans plusieurs zones du pays entre l’armée loyale à M. Kiir et les milices fidèles au vice-président déchu.

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De nombreux préalables aux élections, stipulés par l’accord de 2018, n’ont jamais été mis en œuvre : les armées rivales n’ont pas été unifiées, le Soudan du Sud n’a notamment toujours pas de Constitution définitive et n’a ni procédé à un recensement de la population ni commencé l’enregistrement des électeurs.

Important dispositif de sécurité

La loi électorale promulguée lundi « sépare la tenue des élections du processus d’élaboration d’une Constitution permanente et du recensement de la population et des logements », a fait savoir la présidence sud-soudanaise.

Le 22 décembre, les Sud-Soudanais seront ainsi invités à élire notamment le chef de l’Etat, les députés, les exécutifs et législateurs des dix Etats et trois zones administratives. Mais l’insécurité et une situation humanitaire catastrophique font douter des observateurs de la possibilité d’organiser un scrutin réellement libre et équitable sur l’ensemble du territoire. Certains craignent qu’il ne soit un déclencheur de nouvelles violences.

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Le Soudan du Sud, où d’intenses combats et plusieurs massacres ont été recensés depuis un an, traverse « l’une de ses périodes les plus dangereuses » depuis la fin de la guerre civile, estimait, en août, la Commission sur les droits de l’Homme au Soudan du Sud, établie par l’ONU. Des élections organisées « sans stratégie de consolidation démocratique ni de prévention des fractures nationales pourraient (…) alimenter une reprise du conflit et accroître le risque de crimes atroces », a-t-elle averti.

Mardi, un important dispositif de sécurité a quadrillé la capitale sud-soudanaise, Juba, où des check-points ont été érigés, a constaté un journaliste de l’Agence France-Presse (AFP). Un cordon sécuritaire a été mis en place autour du complexe gouvernemental. La veille, le bureau de sécurité intérieure sud-soudanais avait ordonné à « toutes les forces de sécurité d’être en uniforme et de se mettre à un niveau d’alerte élevé pendant trois jours ».

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Le Monde avec AFP

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